PLONGÉES SOUTERRAINES

DANS LES CAUSSES

par J. Pomié et J.-L. Vernette
(Groupe d'Etude de Plongées Souterraines, Marseille)

 

in Spelunca n°1 1969, p.20-29.
Historique de la plongée sur les Causses

 

Martel relate, dans « Les Causses Majeurs », la première plongée en scaphandre dans une résurgence caussenarde : « Lors des tra­vaux de captage de l'Espérelle (1925) on constata des fuites basses à l'émergence ; un scaphandrier en explora l'intérieur et y reconnut un ensemble de poches d'eau, siphons, canaux dont le liquide s'échap­ pait en maints endroits par des fissures du calcaire ; on obtura toutes celles que l'on put atteindre, jusqu'à 12 m de profondeur sous l'eau ; celle-ci arrivait par des crevasses impénétrables à 14 ou 15 m donc plus bas que le niveau de la Dourbie ».

En 1942 Jean Canac reconnait en plongée libre plusieurs siphons parmi lesquels celui de la grotte de St-Pierre (à Verrières) ; ce même intrépide explorateur plonge en compagme de G. Daguerre en 1945 dans la Source du Château de La Caze : « Le château de la Caze (XVe s.), restauré il y a un demi-siècle, est transformé en hostellerie. Dans la cour du château, une résurgence dont l'entrée est défendue par une voûte mouillante, a été visitée d'abord en plongée, puis à la nage sur une centaine de mètres ».

Le passage de voûtes mouillantes a souvent amené d'importantes découvertes ; nous n'en citerons que deux exemples sigmficatifs :

- en 1945, suite à une sécheresse exceptionnelle qui désamorça le siphon d'entrée, le Spéléo-Club de Montpellier découvrait le magnifique réseau de Clamouse ;

- en 1961, suite aussi à une sécheresse exceptionnelle, J. Gajac et M. Laurès ont réussi à pénétrer, dans le canyon du Tarn (Causse de Sauveterre), dans la résurgence de La Clujade ; productrice de tufs, elle resta longtemps mystérieuse, son entrée étant la plupart du temps noyée ; elle fut visitée sur plus de 2.000 m : c'est sans doute la plus longue cavité des Grands Causses.

Ce n'est qu'aux alentours de 1960, que le moyen d'investigation qu'est la plongée en scaphandre autonome fut appliqué dans les Causses. Plusieurs résurgences furent alors visitées : St- Pierre, la Sorgue, la Cénaréte, l'exsurgence de Salles-la-Source. La Sorgue fut visitée jusqu'à la cote -15 m par H. Garguilo ; Salles-la-Source sur près de 200 m par Vernugue et Morette.

I - CAUSSE DE SAUVETERRE

Les résurgences y abondent, et Martel en comptait déjà 25 pour le seul canyon du Tarn. Pour notre campagne, nous en avions sélectionné 4 parmi les principales : Burle, Coussac, Fontmaure, Les Vignes (= Rouverol).

1) Burle

Sainte-Emmie est un bourg pittoresque où plane encore le souvenir de la soeur du « Bon roi Dagobert », fille de Clotaire-le-Jeune qui, miraculeusement guérie de la lèpre par les eaux de la fontaine de Burle, y mourut en 638 après avoir fondé une abbaye.

Des plongées ont été effectuées dans la résurgence de Burle ; de nombreux blocs (déblais de creusement de la route qui monte sur le causse) ont malheureusement été jetés dans la vasque de la source et en encombrent l'entrée, rendant impossible toute exploration. Une reconnaissance parmi les éboulis jusqu'à la cote -2 m n'a pas permis d'accéder au cours de la rivière.

Débit le 24-7-1967 : 55 1/s. Température : 11°.

2) Coussac

Nous avons reconnu également l'exsurgence de Coussac qui, située elle aussi dans le bourg et sur la même faille, semble appartennir à la même rivière souterraine.

3) Fontnacre

Peu avant le gigantesque chaos du Pas de Souci, jaillit au-dessous de la route l'exsurgence de Fontmaure que Martel qualifiait de « plus belle fontaine du canyon ». Après un parcours de 200 m encaissé de 3 m dans la terre végétale d'un pré, la rivière qui en débouche rejoint le Tarn. Lors de notre reconnaissance l'exsurgence ne coulait pas, seule une vasque d'eau croupissante où évoluaient quelques poissons et grenouilles persistait au fond d'un entonnoir d'une douzaine de m de diamètre. Une galerie immergée prend naissance dans un joint de stratification, haute de 0,8 m à 1,5 m et large de 1 à 2 m. Après un parcours de 25 m, on retrouve l'air dans une cloche de 2 m de diamètre. La continuation est encombrée de blocs recouverts de glaise. La visibilité ne dépasse jamais 1 m.

Une plongée le 24-7-1967. Plongeur : 1 Monobouteille. Arrêt à 26 m de l'entrée, cote -2 m. Durée 8 minutes. Débit extérieur nul. Température 13°.

4) Rouverol

A l'entrée de la charmante bourgade des Vignes, jaillit sous la route une grosse exsurgence pérenne (débit : 500 1/s à 20 m3/s) dont la force motrice est utilisée par une petite usine. L'eau vient au jour parmi les éboulis. Après désobstruction, une chatière au ras de l'eau donne sur un puits profond de 3 m et de 1,5 m de diamètre. Une progression à travers un chaos de gros blocs conduit par une lucarne 3 m plus bas ; dans cette dermère aboutit une galerie rectangulaire de 2 à 5 m de large, haute de 2 à 4 m, encombrée de blocs. Une faible couche de glaise recouvre le sol, rendant la visibilité nette jusqu'à 10 m.

- 1 ère plongée. Plongeur : 1 Monobouteille. Arrêt à 60 m de l'entrée. Cote : -10 m. Durée 8 minutes.

- 2 ème plongée. Plongeur : 1 Deux monobouteilles accouplées. Arrêt à 119 m. Cote : -10 m. Durée 12 minutes.

Débit d'étiage le 24-7-1967 : 450 1/s. Température : 12 °.

 

II - CAUSSE MEJEAN

Les résurgences abondent dans les canyons du Tarn et de la Jonte : Castelbouc, Les Ardennes, La Cénarète, Les Fonts des Douzes, pour ne citer que les principales. Notre campagne de plongée porta sur les deux dermères.

1) La Cénarète

« Au fond d'un gigantesque « bout du monde » du causse Méjean (plus de 600 m de déniellation entre le causse et le fond de la vallée) l'oasis de Saint-Chély vaut un arrêt pour sa curieuse assiette sur des terrasses de tufs, son église romane, ses ormes de Sully, et ses deux résurgences qui vont de grottes en moulins, puis en cascades, issues je pense d'une seule et même rivière souterraine ». Martel décrit ainsi St-Chély.

La 2ème résurgence sur laquelle porta notre reconnaissance jaillit de la grotte de la Cénarète ou Sanaret, où une chapelle de la Vierge remontant au X° s et la cave du meunier se partagent la salle d'entrée haute et large de 15 m. Au fond et sous une arcade obscure, un bassin d'eau que l'on dit venir de l'aven de Hures à plusieurs km de là et 500 m au-dessus. Ce petit lac souterrain, long de 30 m et large et profond de 7 à 8 m et haut d'autant, se poursuit par une galerie siphonnante. Déjà Martel avait essayé de s'ouvrir un passage en dynamitant le conduit, sans succès toutefois, comme ces spéléos de la région qui, il y a une vingtaine d'années, plastiquant le siphon, ne réussirent qu'à fissurer la chapelle. Cette exsurgence aurait reçu la visite d'un plongeur montpelliérain voici quelques années.

Le siphon se présente sous la forme d'une étroite galerie noyée hauteur 1 m largeur 0,8 m à 1 m, concrétionnée ; elle va en se rétrécissant et donne sur une chatière après une quinzaine de m de pro gression. Au delà le tube continue ; il ne s'agit pas à proprement parler d'un véritable siphon, mais plutôt d'une voûte mouillante.

- Une plongée. Plongeur : 1 Monobouteille. Arrêt à 18 m de l'entrée du siphon. Cote : -1 m. Durée : 10 minutes. Débit : 10 1/s. Température eau 11". (2.1-7-1967).

Seul le concrétionnement forme un obstacle à la progression plus en amont dans la résurgence ; les cloches d'air y abondent. L'abondance des tufs déposés par ces exsurgences atteste que d'importantes cavités existent sous le causse.

2) Les Fonts des Douzes

La Jonte est certainement la plus curieuse rivière des Causses ; en été l'eau se perd en aval de Meyrueis et va résurger une dizaine de km plus loin à la Font des Douzes, où un groupe de sources ramène plus d'eau qu'il ne s'en perd en amont. Les recherches de plusieurs auteurs : Martel, Cazals, Balsan, Salvayre, ont montré que la rivière souterraine qui coule sous la Jonte reçoit des affluents venus tant du Causse Noir que du Causse Méjean.

Le 7-4-1966, une coloration effectuée par H. Salyayre a prouvé la communication existant entre le ruisseau coulant dans la grotte de Sourbette et la résurgence de La Grand Font des Douzes (distance 4.500 m ; démvellation 40m ). La grande vitesse de passage du colorant (281 m/h) prouve l'existence d'une rivière souterraine paral lèle à la Jonte et coulant sous elle. Ecoulement rapide par fissure et canaux, sans retenue qui laisse présager une possibilité de pénétration » (H. Salyayre).

Aux Douzes, un peu en amont des « sources » pérennes, une galerie naturelle : la Grand Font, plonge horizontalement sous le causse Méjean ; on y entre à pied sec en été jusqu'à un petit lac se poursuivant par une étroite galerie se ramifiant en de nombreux conduits. L'ensemble a été notamment exploré sur plus de 300 m par L. Balsan. L'exploration du G.E.P.S. semble avoir doublé le développement total.

Deux galeries noyées prennent naissance sous le lac. De 2 à 3 m de diamètre, elles mènent au bout de 45 m chacune, à deux petites, salles de directions opposées. Par la suite, l'exploration des couloirs fossiles semble avoir établi une jonction avec ces deux salles. D'autres galeries ont été vues à la nage. L'important dépôt de glaise a seuil limité la plongée dans ce dédale.

Plongeur : 1 Monobouteille. Deux siphons longs de 45 m passés. Température eau : 12°.

Une source pérenne située dans le lit même de la Jonte et d'un débit de 30 1/s, pourrait livrer passage dans un boyau noyé, après désobstruction. Nous espérons atteindre et explorer cet été la Jonte souterraine.


Ill - LARZAC

1) La Sorgue

L'une des exsurgences les plus célèbres des Causses est sans conteste celle de la Sorgue. Nombreux furent ceux qui essayèrent de percer le secret de ses eaux. Les hypothèses les plus fantaisistes furent émises, et c'est à Martel que revient le mérite de la première étude vraiment scientifique. Il explora le torrent souterrain qui coule à 103 m de profondeur au fond de l'abîme du Mas Raynal et qui, malheureusement, se termine trop vite par un siphon, empêchant ainsi toute exploration des quelque 2.300 m qui séparent le gouffre de la résurgence.

Après Martel, l'abbé Pouget, Balsan, de Joly, par leurs fructueuses campagnes, précisèrent le cours hypogé de cette rivière caussenarde. Depuis quelques années, H. Salvayre et le S.C. St-Affricain, grâce à des explorations directes ou à des colorations ont délimité le bassin d'alimentation de la résurgence ainsi due ses principaux affluents. Seule l'exsurgence de la Sorgue demeurait impénétrable.

Il y a une trentaine d'années, Martel écrivait : « La Sorgue d'Aveyron ressemble tout-à-fait à la Sorgue de Vaucluse avec les trois caractères spéciaux qui manquent à la plupart des autres résurgences : d'être remontantes, toujours impénétrables, et dans une faille. On peut lui donner le nom exceptionnel de Fontaine vauclusienne ».

En 1924, M. Crémieu sonde le siphon jusqu'à 15 m de profondeur. Voici quelques années, H. Garguilo reconnaissait le siphon sur une vingtaine de m de profondeur.

La rivière souterraine sort d'une cavité longue d'une dizaine de m et large de 7 à 15 m au pied d'une falaise, à une centaine de m au SE du village.

Quelques aménagements sans utilité apparente ont été réalisés à l'entrée, entre autres un petit barrage traversé par deux conduits de 0,90 m de diamètre, permettant de pénétrer dans le réseau.

Au-delà, la caverne est immergée ; seules subsistent quelques cloches d'air. Large de 4 à 6m et longue d'une trentaine, la salle est entièrement encombrée par un chaos rocheux au travers duquel il faut s'infiltrer pour trouver à -18 m le départ d'une galerie spacieuse de 1 à 2 m de hauteur et 2 à 5 m de largeur. Celle-ci descend en pente douce jusqu'à -30 m, profondeur maximum que l'on atteint à 110 m de l'entrée. Elle devient alors horizontale puis amorce la remontée.

A 200 m de l'entrée (cote -22), la galerie se transforme en une diaclase de 0,80 à 1 mde large. La remontée dans cette diaclase permit d'atteindre la cote -15 m, déroulant ainsi complètement notre fil d'Ariane.

Il est à signaler que la visibilité n'excède pas 5 m, un léger dépôt argileux recouvrant toutes les parois. Direction générale 170° à 180°.

Plongée du 14-7-1967. Participants : 5 (G.E.P.S.) Plongeurs : 2 ; 2 monobouteilles indépendantes accouplées. Arrêt à 220m. Cote maximum : -30 m. Durée 40 minutes. Débit d'étiage : 900 1/s. Tem­ pérature eau : 10° 2.

La Sorgue du Larzac a fait l'objet d'une plongée en octobre 1959 par le G.E.P.S.

2) La Foux de la Vis

Il s'agit d'une très importante résurgence ramenant au jour les eaux de la rivière qui se perd plusieurs km en amont tout comme la Jonte, La provenance des eaux de la source pose un problème qui n'est toujours pas résolu. Elle jaillit dans les gorges de la Vis, à travers un énorme chaos rocheux, au fond d'une vallée encaissée de 300 m entre Larzac et Blandas. On dit qu'elle débite rarement moins de 2 m3/ s et ses crues passent pour prodigieuses.

Une exploration soignée a permis la découverte d'un trou permettant d'accéder au cours noyé de la rivière.

Par là, il est alors possible d'atteindre une cassure verticale large de 1 m et longue de 8 qui aboutit sur un éboulis impénétrable en forme d'entonnoir ; 2 m plus haut, parmi les blocs en équilibre, une chatière conduit après un coude à une salle longue de 8 à 12 m, large de 2 à 4 m et haute de 6 m. Cette salle semblerait être la continuation directe de la cassure imtiale. Le sol en est fortement incliné et encombré de blocs.

A -20 m, le fil d'Ariane déroulé depuis la surface se bloqua, nous obligeant à remonter non sans avoir constaté une continuation vers le bas et l'amorce d'une vaste galerie.

- Une plongée. Plongeur : 1. Monobouteille. Arrêt à -20 mn. Durée : 12 minutes. Débit d'étiage 1.100 1/s. Température eau : 11°.

3) La Doux de Cornus ou Source du Lébre

Elle prend naissance au fond d'un vallon, à 500 m au N du village de Cornus. Une grotte située juste au-dessus sert d'exutoire en période de crue et permet d'accéder après un parcours de 30 m environ entrecoupé de cheminées au cours souterrain du ruisseau. La voûte suit le pendage des couches et rejoint l'eau à 80 m de l'entrée. Les dimensions de la grotte varient entre 0,50 m à 3 m de large et 1 à 2,50 m de haut.

La partie noyée ne change guère d'aspect. Elle se singularise par des changements brusques d'orientation. La galerie plonge très faiblement et, tous les 4 à 7 m, fait un coude presque à angle droit, suivant les cassures des strates (largeur : 0,80 m à 1,50 m, hauteur 1 à 3 m). Des diverticules et des boyaux se greffent tout au long du parcours, rendant la progression hésitante. De petites lames d'érosion, très argileuses, se brisent au moindre choc, dégageant des nuages de glaise qui réduisent la visibilité.

A 105 m de l'entrée, on fait surface dans une diaclase (longueur 5 m ; largeur 1 m ; hauteur : 2 m) ; le méandre noyé se poursuit en gardant la même physionomie, les changements de direction sont cependant moins fréquents (tous les 10 à 20 m). Par manque de fil d'Ariane, nous avons dû arrêter notre progression à 277 m, par 9 m de profondeur.

1ère plongée (14-7-1967). Participants : 5 (G.E.P.S.). Plongeurs : 3. Monobouteilles entamées. Arrêt à 75 m de l'entrée. Cote : -4 m. Durée : 15 minutes.

2e plongée (23-9-1967). Participants : 3 (G.E.P.S.). Plongeurs 2. Monobouteilles indépendants accouplés. Arrêt à 125 m de l'entrée. Cote : -5 m. Durée : 30 minutes.

3e plongée (24-9-1967). Participants : 3 (G.E.P.S.). Plongeurs : 2. 2 monobouteilles indépendants accouplés. Arrêt à 227 m de l'entrée. Cote : -9 m. Durée 35 minutes.

Débit d'étiage : 10 à 20 1/s. Température eau : 100 8. 4)

Le Durzon

Non loin de Nant, au lieu-dit Mas de Pommier, jaillit dans un ravissant cirque de verdure, au pied des falaises dolomitiques du Larzac, la résurgence du Durzon, l'une des plus importantes des Causses (500 à 20.000 1/s). Son bassin d'alimentation très étendu a fait l'objet de travaux de recherches de la part de H. Salvayre et du S.C. St-Affricain. Des colorations ont démontré sa liaison avec un petit ruisseau souterrain des Canalettes.

L'eau sourd d'une vasque d'une dizaine de m de diamètre parmi de gros blocs rocheux, qui firent longtemps croire que l'eau venait au jour par une multitude de petits conduits.

A 2 m de profondeur, seule une petite ouverture permet de franchir un chaos instable et d'atteindre à -10 m une galerie importante (6 à 12 m de large, 2 à 6 m de hauteur). Celle-ci, légèrement descendante, a été reconnue sur près de 130 m. Une pellicule de glaise couvre toutes les parois, réduisant légèrement la visibilité.

Une plongée. Plongeur : 1. 2 monobouteilles accouplés. Arrêt à 126 m de l'entrée. Cote : -12 m. Durée : 18 minutes.

Débit à l'étiage : 600 1/s. Température eau : 11". Courant violent.

IV - LES AVANT-CAUSSES

A) Le Causse Comtal

La Grotte n° 1 de Muret-le-chateau

Connue depuis fort longtemps, et explorée notamment par Balsan, la Grotte n° 1 de Muret-le-Château se terminait par un lac situé à 40 m de l'entrée. Une voûte mouillante fut franchie en libre, per­ mettant de découvrir d'importants prolongements. L'exploration des étages fossiles supérieurs amena la découverte d'un nouveau siphon. L'obstacle franchi en scaphandre permit la reconnaissance d'une importante galerie libre (largeur 2 à 4 m, hauteur 2 à 6 m), entrecoupée de gours profonds.

L'arrêt s'est effectué pour une question d'horaire, à 150 m du siphon, sans qu'aucun obstacle ne s'oppose à la suite de la progression.

Le Spéléo-Club du Causse Comtal, qui nous avait invités à plonger, a depuis dépassé le point terminal et découvert un important réseau de plus de 600 m de développement.

B) Le Causse Rouge

Au NW de Millau, le Lias inférieur affleure largement à la périphérie du Causse Noir et du Causse de Sauveterre. Ces avants-causses connus sous le nom de Causse Rouge forment un karst assez individualisé ; l'étude spéléologique entreprise depuis une dizaine d'années a permis d'en révéler la richesse. Les cavités y sont nombreuses bien que la plupart demeurent encore à désobstruer ; les exsurgences au débit parfois énorme y abondent. Nous en avons sélectionné 4 parmi les plus importantes, à savoir : Le Gourb, Bousterjack, La Mère de Dieu, La Font de Saint-Léon.

La Font de Saint-Léon

Au contact du Lévezou cristallin, le Trias gréseux (grès à ciment carbonaté) affleure à la périphérie du Causse Rouge. La grande fracturation de cette zone et une structure géologique favorable permettent aux eaux ruisselant sur le socle de venir alimenter les nombreuses sources jaillissant dans les vallées de la Muze et du Lummensson­ nesque. L'ensemble de caractères favorables à une circulation sou terraine importante en font une zone de karstification poussée ; c'est là que se rencontrent les plus importantes dolines et il existe des phénomènes d'inondation de dépression d'une assez grande ampleur.

C'est dans cette région que l'on trouve la Grotte de Saint-Pierre avec un ruisseau pérenne, creusée dans les grès à ciment carbonaté du Trias. Mais il semble que Saint-Pierre ne doit pas être considéré comme un exemple unique : il existe en effet de nombreuses exsurgences au débit important qui pourraient, peut-être, se montrer pénétrables.
Ces grès, grâce à des circonstances naturelles singulières, tant géographiques que géologiques (tectoniques et pétrographiques), se conduiraient à la fois comme roches magasins (nappes) et comme unité karstique (circulation sous forme de ruisseaux souterrains). L'étude spéléologique en cours permettra d'en préciser les modalités.

La Font de Saint-Léon jaillit en plein village à côté de l'église. L'eau sourd d'une galerie pénétrable creusée dans les grès. Après une plongée en libre effectuée en février 1907, la Font fut revue cet été en scaphandre autonome.

La galerie, étroite et basse, forme une voûte mouillante se pour­ suivant sur quelques dizaines de mètres. Nous avions au préalable désamorcé le siphon ; seul un espace de 2 cm entre la surface de l'eau et la voûte subsistait. Un violent courant d'air y soufflait.

L'emploi d'un narguilé plus long nous permettra cette année de franchir ce laminoir en noyé. Le débit important de la source, les fortes crues qui la troublent, laissent présager un réseau important drainant le Causse Rouge, dans une zone où la karstification est poussée. Le débit abondant de la Font laisse présager un bassin d'alimentation étendu et symétrique de celui de l'exsurgence de Saint- Pierre.

Une plongée. Emploi d'un narguilé de 30 m. Monobouteilles. Plongeurs : 4. (19-7-1967). Débit d'étiage : 8,5 1/s. Température eau 11°. Température air : 11° 5. Galerie au plafond bas creusée selon un joint de stratification. Rectiligne orientation : 10° N. Creusée dans un grès à ciment carbonaté. Etage : Trias.

L'exurrgence temporaire de Bousterjac

Le ravin de la Barbade (affluent du I.ummenssonnesque) au nord d'Aguessac présente plusieurs résurgences : Barbade (1 I/s) ; Fon­liane (2 1/s) captée pour l'alimentation en eau d'Aguessac ; Bousterjack (temporaire, débit 20 1/s à 400 1/s) ; cette dernière, située à 80 m de Fonliane, semble en être le trop-plein.

Un porche elliptique accède à une vasque de 1,75 m de diamètre, encombrée de blocs. Après nous être infiltrés dans un éboulis sur 3 m de profondeur, nous dépassons la zone instable et atteignons une galerie basse de 0,80 sur 5 m de large. Suivant une direction ascendante, cette galerie se rétrécit jusqu'à une largeur de 1,50 m. Après un parcours de 19 m, elle débouche sur un plan d'eau long de 11 m.

Nous remontons alors sur 60 m un couloir actuellement sans eau formé dans la courbe d'un plissement. Des strates éboulées du plafond rendent la progression difficile.
Nous retrouvons un ruisseau s'infiltrant entre les blocs en direction du siphon. Cette zone ébouleuse se termine par une coulée stalagmitique en forme de laminoir, derrière laquelle on perçoit le bruit d'une cascade (arrêt de l'exploration sur laminoir).

Une plongée (19-7-1907). Participants . 6 (G.E.P.S.: 3 ; S.C. de Béziers : 2 ; S.C. des Causses : 1). Plongeurs : 2. Monobouteilles. Siphon de 19 m franchi ; cote - 3 m ; durée de la plongée : 4 minutes. Débit extérieur nul. Température eau : 11°.

(Il est à remarquer que l'importante sécheresse de l'été et de l'automne 1967 (plus forte sécheresse dans la région depuis 20 ans) n'a pas réussi à désamorcer le siphon, prouvant par là que d'importantes réserves d'eau existent en amont, et qu'il existe un grand réseau).

La Grotte préhistorique de La Mère de Dieu (= Médecine)

Découverte en août 1959, la Grotte de La Mère de Dieu se présente sous la forme d'une vaste salle de 45 m sur 60 environ, en partie occupée par deux lacs se poursuivant par des siphons. Le siphon du lac inférieur trop étroit demeure infranchissable ; quant au siphon du lac supérieur il a été reconnu sur une trentaine de m : il s'agit d'une étroite diaclase ; seule l'utilisation d'un long narguilé permettrait peut-être de le franchir. Les dépots de glaise sont très abondants, l'eau se trouble instantanément, rendant la visibilité pratiquement nulle.

Une plongée (20-7-1967). Participants (voir source Bouster­ jack). Monobouteille. Cote : -6 m. Durée : 8 mn. Débit : 3 1/s. Tem­ pérature eau : 10° 5.

L'Exsurgence temporaire du Gourb

A 1 km 800 au nord de Verrières jaillit dans le ravin de la Souque, à hauteur du hameau de Randels, l'énorme exsurgence temporaire du Gourb, débitant en hiver jusqu'à 1 m3/s et plus.

Le débit considérable, de très importants massifs de tufs édifiés par les eaux de la résurgence, des facteurs géologiques favorables, laissent présumer l'existence d'une vaste cavité ; aussi dès 1958, J. Pomié s'attaqua à la désobstruction du puits d'entrée (diamètre 8 m, profondeur : 7 m). En 1962, un important camp de désobstruction avait permis de déblayer les galets et éboulis qui en obstruaient le puits d'entrée : plus de 20 m3 avaient alors été enlevés ; malheureusement, dès l'entrée, un important siphon en interdisait toute exploration.

L'expédition de cet été allait permettre, en le franchissant, d'explorer l'un des plus importants réseaux souterrains du Causse Rouge.

Une galerie, orientée 15° N, s'ouvre à la base du puits. De vastes dimensions, cette galerie encombrée au départ de galets ne mesure pas moins de 10 m de large, elle est haute de 1 à 1,5 m. Creusée selon un joint de stratification, la galerie, rectiligne, est entièrement noyée.

Ce premier siphon est long de 177 m. La galerie mesure alors de 2 à 3 m de large ; la profondeur du siphon ne dépasse pas 5 m. Après le premier siphon, la galerie change de physionomie : de profil rectangulaire, elle est large de 2 à 3 m et haute de 3 à 4 m. Elle est toujours ennoyée, on remarque partout des traces d'eau sur toute la hauteur de la galerie. Le plafond est strié avec, par endroits, de vastes dalles sombres (marnes corrodées ?) ; quelquefois sur le sol on rencontre des dalles effondrées, qui achèvent de se « dissoudre ». La galerie, rectiligne au départ, forme plusieurs méandres.

Plus de 2 00 m après le 1er siphon, la voûte s'abaisse devant un 2° siphon, ce dernier long de 10m . Derrière ce siphon, la galerie se poursuit, identique. Il y a de rares concrétions (quelques « macarons » et petites concrétions). Cette portion de galerie a été remontée à la nage sur près de 250 m jusqu'à un nouveau siphon plongeant de 4 à 5 m. Ce dernier a été reconnu sur une douzaine de m.

Toute la partie explorée l'a été soit en plongée, soit à la nage ; Partout l'eau est profonde, et on remarque qu'elle ennoie en entier le réseau en temps habituel. La galerie visitée représente seulement le conduit principal où circule la rivière souterraine. Nulle part nous n'avons trouvé de galeries latérales, de cheminées, ou de salles, ce qui nous permet d'affirmer que nous avons visité seulement une partie du collecteur principal du Gourb. Les affluents, les autres galeries et salles doivent se trouver en amont du 3° siphon. Nous pensons les atteindre lors d'une prochaine plongée.

La plongée du Gourb apporte donc d'importantes précisions sur une des résurgences les plus importantes du Causse Rouge. L'exploration en est rendue difficile par la présence de plusieurs siphons, notamment le siphon d'entrée, long de près de 200 m. Il est à noter la grande rapidité avec laquelle s'amorce la résurgence, à la suite des orages, rendant assez périlleuse l'exploration. Cette plongée a permis de reconnaître l'un des réseaux souterrains les plus importants des avants-causses du verriérois ; elle a permis aussi de découvrir la plus importante réserve souterraine d'eau rencontrée à ce jour sur le Causse Rouge : la galerie visitée renferme en effet plus de 6.000 m 3 et cela en temps de sécheresse exceptionnelle. C'est aussi le plus important lac souterrain du causse long de près de 800 m.

Une plongée (20-7-1967). Participants plongeurs : 2 ; mono bouteilles. Cote -6 par rapport au nieau d'étiage ; en hiver le réseau est entièrement noyé (profondeur de l'ordre de 12 m). Tem­ pérature eau : 10° 5. Débit extérieur nul. (Il est à remarquer que l'importante sécheresse de l'été et de l'automne 1967, n'a pas réussi à faire baisser de façon notable l'eau des siphons, prouvant par là l'importance des réserves).

L'avenir de la plongée en siphon sur les Causses

La campagne de plongées en siphon organisée en été 1967 dans la région des Causses fut, tant par le nombre des plongées en siphons, des participants, des moyens mis en oeuvre, que des résultats obtenus, la plus importante réalisée à ce jour dans une région éminemment karstique : les Causses.

Comme l'on peut en juger par l'importance des résultats, la plongée souterraine est à même d'apporter son concours à l'étude hydrogéologique d'une région donnée. Il n'en reste pas moins qu'elle demeure une dangereuse spécialité réservée à de seuls spécialistes très bien équipés et entraînés. Grâce à elle il est possible d'éviter bien souvent de longs, aléatoires et coûteux pompages.

La campagne 1967 a reconnu une vingtaine de siphons ; il en reste encore plusieurs dizaines, et l'on petit affirmer que l'avenir est à la plongée en siphon ; par elle, les trop nombreuses exsurgences qualifiées d'impénétrables, pourront enfin être explorées. La plongée en siphon qui va s'intensifier va permettre de mieux connaître l'évolution karstique des Causses. Il sera ainsi possible d'accéder à un milieu toujours noyé et de faire, comme ce fut le cas cet été, de très intéressantes observations sur la morphologie des conduits siphonnants, sur les réserves hydriques souterraines ; c'est là un problème capital. Dans une prochaine publication, nous livrerons les quelques remarques que nous avons pu faire sur les siphons caussenards.

La campagne 1967 achevée, les nombreuses données obtenues ont été soigneusement analysées, la nouvelle campagne de plongées prévue pour cet été bénéficiera des résultats acquis ; elle portera sur un nombre beaucoup plus élevé de siphons, les siphons déjà plongés seront revus.

En guise de remerciements

Nous tenons à remercier tous ceux qui nous apportèrent leur concours dans notre campagne : MM.Constantin, Maire de Verrières ; Delmas, Maire de Ste-Emmie ; Gavalda, Maire de St-Léon ; De Roquetaillade, Maire d'Aguessac ; Rodier, Industriel aux Vignes ; Renault, Architecte Départemental, ainsi que le Spéléo-Club du Causse Comtal.

Que ceux que nous aurions, bien involontairement, omis, nous en excusent.

Participants

MM. Jean-François Foulcher, Jacques Pomié, Bernard et Dems Sapin, Claude Touloundjian, Jean-Louis Vernette, et Gilbert Vidal du G. E.P.S.

V - MEMORENDUM DES PRINCIPALES EASURGENCES PLONGEES Causse Méjean

- Cne La Parade. Fonts des Douzes. C.L. 677,20 - 212,30 - 560 m. - Cne St-Chély-du-Tarn. Résurgence de la Cénarète. C.L. 683,50 - 226,65 - 503 m.

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Causse de Sauveterre - Cne de Ste-Emmie. Résurgences de Burle et Coussac.

- Cne des Vignes. Résurgence de Rouverol. C.L. 670,95 - 220,05 - 415 m.

- Cne de j s Vignes. Résurgence de Font Maure. C.L. 672,00 - 222,80 - 385 m.

 

Causse du Larzac

- Cne de Cornus. Résurgence du Lèbre. CI. 667,55 - 178,85 - 650 in.

- Cne de Cornus. Résurgence de la Sorgue. C.L. 670,00 - 175,50 - 577,70 m.

- Cne de Nant. Résurgence du Durzon. Altitude 515 m. Causse Comtal

Grotte n° 1 de Mtiret-le-Château. C.L. 618,70 - 243,20 - 470 m. Causse Rouge

- Cne d'Aguessac. Résurgence Bousterjack. C.L. 658,55 - 206,40 - 444 m.

- Cne de St-Léon ; Font de St-Léon. C.L. 651,85 - 213,15 - 746 m. - Cne de Verrières. Résurgence de La Mère de Dieu. C.L. 657,05 - 212,00 - 515 m.

- Cne de Verrières. Résurgence du Gourb. C.L. 657,300 - 211,90 - 612 m.

BIBLIOGRAPHIE SOMMAIRE

BALSAN L. - 1946 - Spéléologie du Département de l'Aveyron. MARRES P. - 1935 - Les Grands Causses (Thèse).

MARTEL E.-A. - 1931 - Les Causses Majeurs.

PELLlSSIER .T.-L. 29-11-1967 « De nouvelles découvertes souterraines pour le Spéléo Club du Causse Comtal », Rodez ; (Midi-Libre).

POMIE J. - 1967 - Spelunca Mémoires n° 5. de Causse Rouge et l'Aven de Cousimès. La Grotte Préhistorique de la Médecine (Liste bibliographique détaillée).

POMIE J. - 1968 - (14-15 mars et 17 et 18 avril) « Le Groupe (I'Etude de Plongées Souterraines dresse le bilan de sa campagne d'été ». St-Affrique. (Midi-Libre).

ROUIRE J. - 1963 - « Quelques idées générales sur la géospéléologie des Grands Causses », Speluna Mémoires n° 3.

SALVAYRE Henri - 1963 - « Carte des écoulements souterrains et des faciès du Larzac et de son avant-causse » Spelunca Mémoires n° 3.

SALVAYRE Henri - 1964 - « Les lacs temporaires du Larzac et de son avant­- causse » Spelunca Mémoires n° 4. diste biblio. détaillée).

SALVAYRE Henri - 1966 - « La coloration de la Joute » Spelunca Bull. n° 4.