Le givrage des détendeurs
( par la mauvaise qualité de l'air )

Par Frédéric CAEN.

Une remise en mémoire sur ce phénomène est indispensable, car lors d'une intervention de spéléo secours plongée, les détendeurs de deux plongeurs ont givrés. Grâce à leur expérience, cela c'est bien passé, mais des conséquences plus dramatiques auraient pu se produire. Les moyens d'y remédier sont connus et il ne faut pas attendre un autre accident plus grave pour se pencher sur la question surtout, lors d'une opération de secours ! Le risque zéro n'existe pas, mais plus on met de chances de son côté et plus on a de chances de réussir.

Le givrage d'un détendeur dépend de trois facteurs indissociables

1. La conception du détendeur.
2. La température de l'eau.
3. La qualité de l'air contenu dans la bouteille ( donc le contenu et le contenant ).

Je ne reviendrai pas sur la mécanique du givrage du détendeur, car Christian THOMAS l'a très bien démontré dans un précédent article de SIFON N°6 d'avril 1990, mais pour ma part je vais vous démontrer que la qualité de l'air est un facteur primordial du givrage.

Développement :

1 / La conception du détendeur, est très importante car le mécanisme d'un détendeur à piston et celui d'un détendeur à membrane est totalement différent.
Pour le détendeur à piston le fonctionnement de la régulation pression ambiante, (là ou l'eau pénètre dans le détendeur ) se fait dans une chambre humide, donc l'eau est en contact direct avec le piston. Les échanges thermiques sont très rapides, si l'air de votre bouteille est saturé en eau, le risque de givrage est d'autant plus rapide.
Au contraire, un détendeur à membrane n'a pas la même conception car la chambre de régulation de pression ambiante est à l'extérieur du détendeur, donc pas de contact interne avec l'eau.

2 / La température de l'eau est très importante dans le phénomène du givrage, mais encore une fois, si l'air est saturé en eau, avec une température de 15 ou 20°c et un débit important le givrage aura quand même lieu.

3 / La qualité de l'air en matière de plongée est réglementée. Les normes sont bien précises dans un domaine professionnel, mais le problème est, que beaucoup de plongeurs spéléo ont leur propre compresseur. Et c'est la qu'il y a problème !

Dans une utilisation dite normale ( plongée air ) avec une eau à 15°c, sans efforts il n'y a pas ou peu de risque de givrage. Je connais bien le matériel des spéléo, aussi bien les détendeurs que les compresseurs. Il faut dire que leur entretien laisse parfois à désirer.

Les filtrations des compresseurs impliquent une rigueur dans la maintenance, et le problème est le fait que la plupart des propriétaires ou responsables matériel ne ce soucient guerre du nombre d'heures de marche (vidange du bloc compresseur ou thermique). A titre d'exemple, pour un compresseur de 6 M3/h, le filtre devra être changé au bout de 35 heures de marche, pour un compresseur de 12 M3/h, à 19 heures de marche. La meilleure solution est l'installation d'un compteur horaire à vibrations, ou électrique selon les models.

Pour être sûr d'avoir une filtration qui répond à la norme, donc avec un minimum de saturation en eau :

1) Purger régulièrement les décanteurs inter étage et le filtre.
2) Changer la cartouche filtrante, au nombre d'heure prévu selon le cubage du compresseur.

La norme donne les valeurs suivante ( NF EN 12021 d'avril 1999 ).

· pour les vapeurs d'huile: 0,5 milligrammes par mètre cube d'air à 200b
· pour les vapeurs d'eau: 50 milligrammes par mètre cube d'air à 200b ( 35 pour 300b )
· pour le CO2: 500 ppm
· pour le CO: 15 ppm

Comment peut ont interpréter ces chiffres ?

Pour limiter les vapeurs d'huiles, avoir un compresseur en bon état (usure des cylindres et de la segmentation)

Pour les valeurs d'eau, et là est notre problème, il faut avoir du sulfate d'alumine ou du tamis moléculaire dans la composition de la cartouche. Sans l'un des deux produits l'eau ne serait pas piégée.
Sur certain filtration il n'y a que du charbon actif dans les filtres, et c'est là l'erreur. Le charbon actif n'a qu'un rôle de désodorisant pour l'huile. Si le charbon est saturé en eau, il ne remplit plus sa fonction principale.

Pour le CO2 et le CO ce n'ait qu'un problème du positionnement de la prise d'air, attention au moteur thermique !

La seule solution pour avoir de l'air le plus sec possible, est d'avoir un sécheur d'air ou une surfiltration de type personnel. Pour sécher au maximum l'air, la cartouche sera remplie de tamis moléculaire ou de sulfate d'alumine. Il n'y a aucun problème pour en trouver dans le commerce.
Bien entendu une vérification interne de vos bouteilles sera faite, car ca ce n'est pas la peine d'avoir une bonne filtration, s'il y a un verre d'eau au fond du bloc de plongée !

Pour éviter ou limiter le givrage de vos détendeurs, l'utilisation d'un filtre personnel est plus qu'indispensable, vous vous préservez des risques d'accidents de plongée, et préservez plus longtemps votre matériel.

La solution est là, à vous de la mettre en oeuvre.


L'acquisition d' un filtre type personnel ou séchant, est fabriqué sur une base de filtre BAUER P 41 avec une cartouche modifiée rechargeable à volonté