EXPLORATIONS SPELEOLOGIQUES EN BOSNIE ET EN CROATIE

EXPEDITION "SPELEORONJENJE 1999"

Expédition nationale de la Commission Nationale Plongée Souterraine
de la Fédération Française d'Etudes et de Sports Sous-Marins.

parrainée par la Fédération Française de Spéléologie (n°3/99).

Coordination du rapport : Frank VASSEUR.

Rédaction et relecture :
Roger COSSEMYNS, Christophe DEPIN, Michel GUIS, Richard HUTTLER,
Jean-François MANIL, Patrick MUGNIER, Roman OZIMEC, Gordan POLIC, Jean-Pierre STEFANATO, Claude TOULOUMDJIAN, Frank VASSEUR et Martial WUYTS.

Décembre 1999

Photographie de couverture :
Jour de pointe à Majerovo Vrelo -
Gordan POLIC

"Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu'il se suffit à lui-même.

On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou qui vous défait."

Nicolas BOUVIER

 

 

INTRODUCTION

L'expédition "Speleoronjenje 99" s'inscrit dans la continuité de "Notranjska 97" et "Zivjeli 98", durant lesquelles nous avions exploré plusieurs sources et noué des contacts avec des spéléologues croates.

Les objectifs ciblaient l'exploration et la topographie de résurgences repérées et partiellement explorées durant les expéditions précédentes, la prospection de poljés de la région de Lika, la formation des plongeurs croates aux techniques de plongée souterraine et la collaboration avec les scientifiques de la Société Croate de Biospéléologie.

Cette expédition avait un statut d'expédition nationale F.F.E.S.S.M., et les trois projets d'expédition 1999 en Croatie avaient été regroupés sous une unique gestion administrative.
Une équipe réduite (projet Touloumdjian), prospectera le sud de la Bosnie et de la Croatie en vue d'une expédition plus lourde en 2000.
Une autre équipe (projet Dutheillet) après une semaine sur le projet Vasseur, prospectera le littoral de l'île de Hvar du 15 au 21/08.

Pour composer l'équipe du projet Vasseur, nous avons fait le choix d'acceuillir des plongeurs jusqu'au seuil maximal de douze en même temps sur le camp.
Ceci à permis à ceux qui disposaient de peu de congés de participer une semaine, à ceux qui étaient en expé. dans un pays frontalier de se joindre à nous, à ceux qui partaient en prospection plus au sud de se poser un peu et de faire quelques premières avant de migrer et aux copains belges qui voulaient découvrir la Croatie de participer.

Enfin, nous avons proposé une collaboration à la fédération croate de spéléologie, à la commission spéléo du club alpin croate, à la fédération de plongée mer croate, ainsi qu'à la société croate de biospéléologie.
Ceci n'a pas été sans problèmes du fait de puissants antagonismes entre certaine structures et de certaines personnes, détentrices de pouvoirs fédéraux, qui n'ont pas ménagé leur peine pour complexifier voire bloquer certaines situations.
Il a fallu toute la volonté et la ténacité de spéléologues de terrain pour arriver à obtenir des collectivités locales les autorisations nécessaires au bon déroulement de l'expédition.

La poursuite de certaines explorations nécessitaient une mise en oeuvre de moyens conséquents (emploi de mélanges ternaires et suroxygénés, propulseurs).
L'aspect matériel, tout comme la logistique générale et la gestion des plongeurs durant les opérations, ont fait l'objet de préparations préalables afin de gagner en temps, en efficacité et en sécurité.

De même, la préparation administrative d'une expédition où les participants sont géographiquement éclatés dans trois pays et dans différentes régions n'est pas sans une certaine complexité et un certain coût ....

Dans une entreprise de ce genre, il était nécessaire de clarifier les objectifs et certaines modalités d'organisation pour que les 25 membres de l'expédition bénéficient d'un rapport investissement-plaisir équitable au possible.
Ce rapport n'a d'autre ambition que la présentation des résultats de l'expédition, afin qu'ils puissent être utiles à d'éventuelles expéditions ultérieures, qui mériteraient d'être, tant il y a à faire en Croatie, sur le plan des explorations et des collaborations.

Contexte géographique et karstologique

La CROATIE

Le territoire :

La Croatie couvre aujourd'hui un territoire de 56 538 km², et compte cinq millions d'habitants.
Cette ancienne province yougoslave aujourd'hui indépendante, est baignée par la mer adriatique au sud-ouest. Elle jouxte la Slovénie au nord-ouest, la Hongrie au nord, la Yougoslavie au nord-est, la Bosnie-Herzégovine à l'est et à nouveau la Yougoslavie (Monténégro à l'extrème sud-est).

Le pays se présente sous la forme d'un large croissant ouvert à l'est, depuis les plaines agricoles de Slavonie traversées par la Sava, la Drava et le Danube, en passant par les secteurs collinaires jusqu'à la péninsule istrienne, prolongée par la longue côte rocheuse de l'Adriatique.

La population :

Avant la guerre, sur les cinq millions de citoyens que comptait la Croatie, 78 % étaient croates et 12 % serbes. Il existe également quelques petites communautés de musulmans slaves, de hongrois, de slovènes, d'italiens, de tchèques et d'albanais, et quelque 200 000 réfugiés politiques bosniaques.
Un million de croate vit dans les provinces de l'ex-yougoslavie, et encore 2,3 millions sont dispersés dans le reste du monde, essentiellement aux Etats-Unis d'amérique, en Allemagne, en Australie, au Canada et en Argentine.

La Croatie, pays à forte dominante rurale, possède un charme certain. Les principales villes sont Zagreb (1 million d'habitants) au nord, Split (300 000) au sud-ouest, Rijeka (225 000) à l'ouest, Osijek (175 000) à l'ouest et Zadar (150 000).

L'histoire :

Lors de la sécession de l'empire romain, en 395, les actuelles Bosnie-Herzégovine, Croatie et Slovénie restèrent dans l'empire d'occident, alors que les actuelles Macédoine, Kosovo et Serbie revinrent à l'empire d'orient (ou byzantin).
Les grandes invasions du V° siècle conduirent l'empire d'occident à sa chute.

A partir de 625, des tribus slaves en provenance de l'actuelle Pologne migrèrent vers les Balkans. La tribu serbe s'installa dans la partie sud-ouest de la Serbie contemporaine en étendant son influence vers le sud et l'ouest. Les ethnies croates occupèrent l'actuelle croatie constituée principalement de deux anciennes provinces romaines: la dalmatie (côte adriatique) et la plaine pannonienne au nord.

Au IX° siècle, malgré l'adoption du christianisme, les croates septentrionaux glissèrent sous influence franque, alors que les méridionaux étaient reconquis par l'empire byzantin. La communauté fut ensuite harmonieusement réunifiée jusqu'au XI° siècle, puis la partie nord s'unit à la Hongrie.
A compter du XIII° siècle, une succession d'invasions tartares et turques dévasta les contrées.
En 1527, afin de bénéficier de sa protection, la Croatie intégra l'empire des Habsbourg d'Autriche. Le pays demeurera sous leur influence jusqu'en 1918.
Durant cette période, dans un but de protection contre les invasions turques, les autrichiens incitèrent les serbes à s'installer sur la frontière bosniaque (Vojna krajina) en leur laissant l'autonomie de leur administration. Ces "autonomies" ne réintégrèrent la Croatie qu'en 1881.

La Dalmatie, pour sa part, tomba sous contrôle vénitien au XII° siècle et vécut les péripéties navales des corsaires et pirates (bataille du Lepante en 1571).
La conquête par Napoléon (1797) s'accompagna d'une occupation de la Dalmatie (1808) et de la création des provinces illyriennes (Dalmatie, Istrie, Slovénie) qui confortaient le concept d'unité des "slaves du sud".
La défaite de Waterloo (1815) permit alors à l'Autriche-Hongrie de récupérer les provinces littorales.

En 1835, un renouveau de la vie culturelle et politique se renforça en croatie pour aboutir à l'abolition du servage (révolution dirigée par Josip JELACIC).
Avant le début du premier conflit mondial (1914-1918) la Pannonie avait rallié la Hongrie. La guerre allait bouleverser l'équilibre des nations dans les Balkans, en marquant le début de la diaspora croate d'une part (50 000 migrants vers les Etats-Unis), puis en regroupant dans un seul pays des peuples radicalement différents, nourrissant des aspirations antagonistes ( le royaume des serbes, des croates et des slovènes , appelé Yougoslavie en 1929):

  • les serbes, qui avaient arraché leur liberté aux turcs ottomans au cours du 19° siècle et avaient constitué leur propre petit état, agrandi à la faveur de guerres ou d'accords diplomatiques;
  • les croates liés pendant des siècles aux hongrois, mais qui n'avaient pas oublié le royaume croate indépendant du début du moyen âge;
  • les slovènes, peuple alpin dominé par l'Autriche.

Ces trois peuples réunis en un seul état sont effectivement des slaves du sud. Leurs langues (le croate, le serbe et le slovène) sont apparentées, comme le sont le français, l'espagnol et l'italien. La langue serbe et la langue croate étaient si proches que seul l'alphabet les différenciait. Les croates, comme les slovènes utilisent l'alphabet latin, alors que les serbes emploient l'alphabet cyrillique, comme les russes et les grecs.
Depuis les récentes proclamations d'indépendance, chaque nation a sensiblement modifié sa langue pour la différencier des autres.

Mais il n'y a pas que des croates, des serbes ou des slovènes en Yougoslavie. Il y a aussi des albanais, surtout au Kosovo (sud de la Serbie), des hongrois en Voïvodine (nord de la Serbie) et d'innombrables minorités entremélées. Au fil de l'histoire, deux nouvelles nationalités émergent: les macédoniens, linguistiquement proches des serbes et des bulgares voisins et les musulmans de Bosnie-Herzégovine qui parlent le serbo-croate, mais qui se distinguent par leur religion, tant des catholiques croates que des chrétiens orthodoxes serbes.

En 1929, le roi de Yougoslavie, ancien roi de Serbie imposait une dictature royale. Cette organisation territoriale et politique, dirigée par un gouvernement centralisé à Belgrade, fut fermement combattue par les nationalistes croates qui organisèrent depuis Paris l'assassinat du roi Alexandre IV en 1934.

La côte adriatique fut sous domination italienne de 1918 à 1943, suite à un accord conclu durant la première guerre.
Avec l'invasion de la Yougoslavie par l'Allemagne en 1941, un gouvernement fantoche à dominante fasciste (Ustasa) fut instauré en Croatie et Bosnie-Herzegovine. Ustasa, après une première tentative d'expatriation de tous les serbes vers la Serbie stoppée par l'Allemagne, engagea une politique d'extermination des serbes, des juifs, et des tziganes.
Mais tous les croates n'adhéraient pas à cette politique. Le maréchal Tito, d'origine croato-slovène, combattit les fascistes avec des dizaines de milliers de partisans.
Les massacres de croates perpétrés par des serbes Cetnik en Bosnie et dans le sud de la Croatie, incitèrent les croates antifascistes à rejoindre les structures communistes, au sein desquelles de nombreux serbes luttaient contre Ustasa.
Le nombre de morts tombés durant la guerre, conduite essentiellement en Bosnie et en Croatie, est estimé à un million.

Après-guerre, la Croatie obtint un statut de république au sein de la fédération yougoslave. Après s'être brièvement tournée vers l'U.R.S.S., la Yougoslavie reprend son propre chemin, celui d'un état non aligné, dirigé par le parti communiste et le maréchal Tito.
Durant les années soixante, la Slovénie et la Croatie distancèrent économiquement les provinces méridionales, développant par là même leur désir d'indépendance.

Le "printemps de Croatie" en 1971 occasionna un retour en arrière et une purge dans les milieux réformateurs, traduit concrètement par un immobilisme économique.
La mort de Tito en 1980 accéléra la paralysie du système gouvernemental et la présidence fédérale commença à "valser" annuellement entre les républiques.
Pour certains historiens, Tito aurait, pour préserver son pouvoir, freiné le développement démocratique et exacerbé les antagonismes latents en jouant les peuples les uns contre les autres.

En 1989, la répression sanglante contre la majorité albanaise de la province serbe du Kosovo raviva la peur de l'hégémonie serbe, annonçant la fin de la fédération yougoslave.
Encouragés par les changements latents en Europe de l'est, de nombreux croates pensaient qu'il était temps d'en finir avec plus de quarante ans de système fédéral centralisateur et aspiraient à une autonomie totale.
Le résultat des élections libres d'avril 1990 confirmait en reléguant le vieux parti communiste loin derrière l'union des démocrates croates.
En décembre de la même année, une nouvelle constitution modifiait le statut des serbes de croatie de nation constituante en minorité nationale.
Dès les premières décades de 1991, les minorités serbes, attisées par les extrémistes, s'enflammaient et précipitaient le pays dans un conflit guerrier qui ne devait s'achever qu'en 1995 avec la signature, à Paris, des accords de Dayton.

Le karst Croate

La république de Croatie, située dans le sud de l'Europe centrale, a une superficie de 56 538 km2. La silhouette globale comprend une partie septentrionnale orientée est-ouest (bassin pannonien) accolée à une longue et etroite bande littorale méridionale orientée nord-est/sud-ouest.
Hydrogéologiquement, le pays peut être divisé en deux parties de superficie quasiment égale:

  • le bassin pannonien;
  • le sud-ouest dinarique.

Cette dernière partie constitue le karst dinarique.

Dans le bassin pannonien, la géologie est dominée par des marécages avec des dépots alluviaux provenants des rivières Sava et Drava.
A l'opposé, le secteur dinarique est uniquement composé de calcaires fortement karstifiés. Quelques poches karstiques existent également dans le nord du pays, mais sont isolées et d'importance mineure.

L'eau en Croatie

L'eau souterraine est la principale source d'approvisionnement en eau potable. Dans le bassin pannonien, un large aquifère alluvial, disposé le long des rivières Sava et Drava contribue à combler l'essentiel besoins. Dans une bien moindre mesure, des aquiféres karstiques épars répartis en collines et basses montagnes bordant lesdeux rivières.
L'approvisionnement public dans les massifs dinariques, et plus particulièrement dans les régions urbaines les plus peuplées de la côte adriatique, est intégralement pourvu par les aquifères karstiques pour l'unique motif qu'il n'y a pas d'autre apport d'eau douce dans la région.

Les très rares écoulements de surface ne génèrent pas de nappe alluviale. 90% de l'eau potable provient du sous-sol, dont 40% de sources karstiques.
Ces données aident à comprendre l'importance de l'eau souterraine en Croatie, plus particulièrement depuis que le tourisme et les infrastructures associées sont concentées sur le karst côtier.
De nombreuse ressources karstiques de l'ouest du pays n'ont pas encore été préssenties pour la consommation humaine.

Cependant, la qualité des eaux dans les grands aquiféres alluviaux des régions du nord, les plus urbanisées et développées industriellement, s'est considérablement dégradée. De ce fait, des proportions conséquentes ont été abandonnées.
A présent les eaux souterraines ont acquis le statut de ressource stratégique pour l'alimentation en eau potable de demain.

Le karst dinarique de Croatie ne présente pas de vastes zones de dépots superficiels pouvant influencer substanciellement l'infiltration des eaux de surface.
Néanmoins, les poljés du karst ainsi que quelques dépressions peuvent présenter des couvertures denses (>100m), particulièrement là où la couverture Holocène est combinée aux dépots lacustres du Pléistocène.
Cependant, en appréhendant la région du Karst comme un tout, ces secteurs ont un impact géographique et hydrogéologique local.
Le karst dinarique et la portion nord-est des montagnes, à l'extrémité du bassin pannonien, sont moins marqués morphologiquement.
Les caractéristiques de ces aquifères sont presque similaires à celles de l'épikarst. Les plaines de cette région sont recouvertes de sédiments éoliens qui réduisent l'infiltration effective.

Les plateaux sont profondémment entaillés par ces rivières qui constituent des drains pour les aquifères karstiques. Dans les Dinarides, ceux-cis sont très profonds, à l'image de ce que nous connaissons dans d'autres secteurs méditerranéens. Ils sont parfois confinés dans des zones de détente. De ce fait, la plupart des émergences karstiques sourdent par effet arthésien. La profondeur sous la surface des aquiféres est en partie déterminée par les structures géologiques spécifiques des Dinarides, lesquelles se sont formées sur une zone de contact entre la plaque africaine et européenne.
D'autres facteurs intègrent l'alternance de roches karstifiées et intrusives, ainsi que les fluctuations marines de l'holocène.

Ces fluctuations holocènes ont occasionné des transgressions supérieures à 100m, comme il l'a été constaté ailleurs sur le pourtour méditérranéen. Cette action, complémentaire de la tectonique des plaques, a contribué à des karstifications atteignant parfois plus de 100m de profondeur.
Ce type de karst très développé présente des caractères spécifiques des dynamiques de remontées d'eaux profondes. Ceci inclut un courant siphonnant dans les parties profondes des aquifères et le maintien des niveaux phréatiques similaires à ceux des tubes de connection (tubes en u, système des vases communicants).

Les poljés, sources et ponors sont formés sur des bassins de draînage. Aussi coexistent des drains diffus et concentrés depuis l'aquifère karstique vers les circulations profondes.
La majorité des émergences karstiques connaissent des débits supérieurs à 100m3/s durant les périodes pluvieuses. Certaines cependant, s'assèchent à l'étiage.

Le karst dinarique insulaire revêt un intérêt particulier: les îles les plus vastes présentent des systèmes karstiques assez développés alors que les plus petites ont seulement des draînages caractéristiques isolés, activés uniquement durant les crues.
Le karst constitue 54% du la superficie de la Croatie, mais si on considère les zones sous-marines, on peut considérer qu'il couvre 72% du territoire croate.

Nous aurions souhaité présenter ici quelque chose de plus précis et documenté sur les régions fréquentées durant l'expédition. Les représentants nationaux de la fédération croate nous promettent une présentation scientifique depuis trois expéditions. Après de multiples relances et connaissant à présent les personnages, nous savons que nous n'en verrons jamais la couleur, à moins qu'il y ait pour eux un intérêt financier.

Historique de la plongée souterraine au Club Alpin Croate (1959-1985) et à la section "Velebit" (1988-1995) :

D'après Gordan TOMSIC Povijest speleo ronjenja, Velebiten n°18, p.17-19 et Zoran STIPETIC dit Patak Speleo-ronjenja u S.O. P.D.S. Velebit 1988-1995 , Velebiten n°18, p.20-26.

La première plongée souterraine réalisée par un croate eu lieu le 21 juillet 1959. Hrvoje MALINAR, dit Joe, plongea en maillot de bain, une torche electrique à la main, avec un appareil respiratoire anti-incendie jusqu'à -7,5m. dans le siphon de Veternici. Une galerie horizontale ensablée avait arrêté son exploration.

Date

Plongeurs

Cavité

Profondeur

Développement

21/06/1959

Hrvoje MALINAR

Veternica

-7,5

 

26/07/1963

Bruno PUHARIC

Urinjska Spilja

-6

 

08/1969

Bozo PALJETAK

Ponor Kovaci

-40

8 m.

1969

Bozo PALJETAK

Izvor Ricina

-20

10m.

1970

Bozo PALJETAK

Pecina Zira

 

 

1970

Bozo PALJETAK

Izvor Opacica

 

15 m.

1971

Bozo PALJETAK

Ponor Doljasnica

- 30

12 m.

1971-73

Bozo PALJETAK

Izvor Spila

115

70

1971-73

Bozo PALJETAK

Izvor Ljuta

 

80 m.

09/06/1973

S. MACURA, I. SEMENOV.

Tounjcica

-27

 

09/06/1973

Hrvoje MALINAR, S. MACURA

Tounjcica

-33

40 m.

17/06/1973

Hrvoje MALINAR, R. CEPELAK

Bistrac

 

 

01/02/1975

Hrvoje MALINAR, Z. KAMENIC

Golubinka, Ljubacka vrata

 

 

02/02/1975

Hrvoje MALINAR, Z. KAMENIC

Spilja pod Gredom

 

 

01/1981

V. PUHOVSKI

Bistrac, G.Dubrave

4

 

01/1981

V. PUHOVSKI, B. FLORIJANI, I. KARLOVCANIN

Jezero kod Bistraca

 

 

23/02/1983

Hrvoje MALINAR, S. PLEVNIK

Panjkov ponor - Krslje

 

 

15/09/1985

Hrvoje MALINAR,

Zelena Pecina

-3

50 m.

18/09/1988

Téo BARISIC, Robert ERHARDT

Tounjcica, Zadnji sifon

-35

 

07/09/1990

Téo BARISIC, Zoran STIPETIC

Spilja u Kamenolomu, Slonovo pojilo

-10

 

22-23/09/1990

Téo BARISIC, Zoran STIPETIC

Pusto poljé

 

12 m.

23/06/1991

Téo BARISIC, Robert ERHARDT, Zoran STIPETIC

Obajdinova Pecina

S.3 plongé jusqu'à -15

 

05/08/1994

Téo BARISIC, Zoran STIPETIC

Lukina Jama

-6

57 m.

Organisation préalable de l'expédition :

 Responsabilités /Engagements:

L'expédition SPELEORONJENJE 1999 en Croatie est une expédition nationale de la F.F.E.S.S.M. , parrainée par la F.F.S.
Cela signifie que les recommandations de la F.F.E.S.S.M. en matière de sécurité devront être appliquées (techniques de plongée souterraine et de plongée aux mélanges), ainsi que le protocole d'engagement de la F.F.S. (respect et rapport avec les structures spéléologiques locales).

Il conviendra aussi de respecter les engagements induits par ces parrainages (compte-rendus techniques, bilan financier, citation dans les publications...etc.).

L'article 7 du règlement intérieur de la commission souterraine de la F.F.E.S.S.M., relatif aux expéditions nationales, ainsi que le protocole d'engagement de la C.R.E.I. - F.F.S. ont été communiqués aux participants, afin que chacun en prenne connaissance.

Afin de ne pas se trouver en porte à faux avec les plongeurs locaux qui, du fait d'un pouvoir d'achat moins élévé que le notre, plongeraient avec du matériel et des techniques inappropriées, l'expédition sera cautionnée par les commissions "plongée souterraine" de la C.M.A.S. et de l'U.I.S. qui nous ont fourni des courriers rappelant les règles élémentaires de sécurité en plongée souterraine.

Répartition des charges:

L'organisation d'une expédition à l'étranger est en soi une lourde tâche qui revêt de multiples facettes :

  • l'administratif (relations avec les fédérations françaises, contacts avec les fédérations locales, obtention des autorisations necessaires, trésorerie, rédaction des compte-rendus et du rapport ...);
  • les études préalables (définition des objectifs, recherches bibliographiques sur les expés antérieures, recherche d'informations sur les cavités et les secteurs visés par l'expédition, quête des accompagnants locaux...);
  • la préparation du trajet (matériel et participants, optimisation des véhicules et des frais engagés);
  • la préparation du matériel (quantification de la masse et du type de matériel en fonction des objectifs, besoins spécifiques, emprunts auprès des clubs, des commissions régionales et/ou nationales, recherche de sponsors...)
  • l'intendance (évaluation des besoins en vivres quotidiens et d'exploration, achat....)

Aussi, l'esprit d'une expédition étant basé sur le fonctionnement en équipe, chaque membre de l'expédition prendra part à l'organisation en assumant une ou plusieurs tâches.
Toute démarche particulière engageant financièrement ou moralement l'expédition devra être entreprise avec l'accord du chef d'expédition, qui sera régulièrement informé de l'avancement de ces travaux préparatoires.
Il en sera de même en retour d'expé. pour tout ce qui concernera les publications.

Fonctionnement interne :

L'expédition, qui forme un tout sur le plan administratif, regroupe en fait deux objectifs distincts. Chacun des deux responsables gère son équipe et son budget. L'organisation administrative est assurée par le chef de projet.

Frank VASSEUR et son équipe établiront un camp de base dans le poljé de la rivière Gacka, avec pour objectif principal la poursuite de l'exploration et de la topographie de Majerovo Vrelo et la prospection des résurgences des poljés alentours. Le troisième projet en Croatie (projet Dutheillet) est intégré dans cette partie, mais a fait l'objet d'un parrainage F.F.S. spécifique.

Claude TOULOUMDJIAN, en équipe réduite, itinèrera dans le sud du pays (région de Dubrovnik) et dans le sud de la Bosnie, afin de repérer précisément les résurgences du littoral croate et de la vallée de la Neretva en vue d'une expédition lourde en l'an 2000.

La subvention de la commission nationale F.F.E.S.S.M. (40 000 f.) a été répartie ainsi : 23 000 F. pour le projet drigé par Frank, 13 000 f. pour celui de Claude et 4000 f. de frais communs (administratif et édition du rapport).
La contribution de la F.F.S. (environ 3000 f.) sera consacrée à l'administratif (expédition des rapports, relations avec les ctructures du pays).

Fonctionnement en expédition :

Précisions préalables :

Le présent document n'est encore qu'une proposition de fonctionnement qui précise certains aspects d'une expédition spéléologique à l'étranger. Il demeure modifiable, avant le début de l'expédition (date arrêtée au 15/04/1999) en fonction des avis des participants (à l'avance et au consensus). Il est hors de question de revenir individuellement dessus une fois sur place.
Il servira de référence en tant que garant de l'engagement moral de chaque participant.

Durant l'expédition, toutes les décisions seront prises en concertation avec les membres. En cas de litige, le chef de projet, dont la responsabilité est engagée durant toute la durée de l'expédition auprès des fédérations françaises et croates, se réserve le droit de trancher et de prendre les dispositions qui s'imposent à l'égard d'un ou de plusieurs éléments perturbateurs dont l'action ou le comportement seraient de nature à compromettre l'ambiance, l'efficacité et la sécurité de l'expédition.

Il en est de même pour les protocoles et techniques de plongée. Ils seront établis à l'avance et éventuellement modifiables, en en référant au chef de projet, avant le 15/04/1999.
Passé cette date, l'organisation matérielle de l'expédition demandera suffisamment de travail, nous ne reviendons plus sur ce qui aura été défini.

L'équipe sur place :

Une expédition réussie dépend de l'esprit et de la motivation des participants. Pour assurer la nécessaire cohésion entre les membres, il faut respecter:

l'esprit d'équipe: dans la mesure du possible, chaque participant aura droit à sa "part" d'exploration. Le choix des "pointeurs" sera établi en équipe, au consensus. Toutefois, pour les plongées profondes dans Majerovo vrelo, il est préférable de limiter le nombre de plongeurs de pointe à deux, préalablement définis.

l'esprit d'expé.: chaque participant devra être conscient de son rôle dans l'équipe, qu'il devra assumer pleinement. Nous ne manquerons pas de faire la fête et de profiter des moments de repos pour faire un peu de tourisme, mais nous déciderons de ces moments en fonction des objectifs de l'expé et des envies de l'équipe. En clair, chacun ne fait pas au dernier moment ce qui lui passe par la tête, mais gère sa participation aux plongées en accord avec l'équipe et le chef de projet.

Couverture des frais :

Le budget prévisionnel de l'expédition prévoit le remboursement des frais de transport de trois véhicules. L'expédition se déroulant de la sorte:

trois plongeurs monteront trois jours avant le 07/08 avec tout le matériel lourd (compresseurs, gaz, propulseurs, grosses bouteilles) et resteront durant toute la durée de l'expédition;
trois ou quatre plongeurs parisiens participeront à la première semaine;
trois plongeurs méridionaux participeront à la seconde semaine;

les frais de l'équipe "15 jours" qui monte le matériel seront pris en charge (un véhicule type minibus), ensuite, pour les équipes qui ne participeront qu'une semaine, un seul véhicule par semaine pourra être remboursé.

Deux plongeurs belges participeront trois ou quatre jours (non encore définis), et un ou deux croates (dont un plongeur) nous accompagneront durant l'intégralité du séjour.

Les frais de transport couverts par l'expé ne seront remboursés qu'à postériori, sur présentation des factures originales.

En fonction des contraintes budgétaires, une partie de l'hébergement pourra être éventuellement prise en charge par l'expé, là aussi à postériori, sur présentation des factures originales .

Il est bien évident que seuls les participants licenciés à la F.F.E.S.S.M., avant le début de l'expédition, pourront prétendre à cette prise en charge.

Fonctionnement avec les autochtones :

Jusqu'à présent, la population croate a toujours été fort acceuillante et agréable. Il va sans dire que l'accueil en pays étranger dépend grandement de son propre comportement.

Relation avec les fédérations croates :

Au niveau spéléo., il existe deux structures: la Fédération Croate de Spéléologie (HSS) et le Club Alpin Croate (H.P.S.), qui sont informées de notre projet, auprès desquelles j'ai sollicité un parrainage officiel, dans l'optique de ne pas accorder plus d'importance à l'une qu'à l'autre..

Jusqu'à présent, nous avons fonctionné avec la H.S.S. dont nous avons toujours respecté les règles (voir Spélunca n°70), mais qui ne s'est pas toujours montré à la hauteur, et qui n'ont pas restitué toutes les diapositives originales que nous leur avions communiquées.
Aussi, toute relation avec des représentants de ces fédérations devra impérativement être concertée par l'équipe et décidée avec l'accord du chef de projet.

Relation avec la population locale :

Il est bien évident que nous ne débarquons pas en terrain conquis. Le colonialisme, sous quelque forme que ce soit, est totalement banni de l'expé..
Aussi, il faudra peut-être prendre le temps de démêler des embrouilles entre structures spéléologiques locales et prendre le temps d'expliquer aux autochtones les motifs et objectifs de notre présence, le mythe d'Ali Baba restant tenace.
Jusqu'à ce jour, la population a toujours été merveilleusement accueillante, et les autorités ont toujours fini par nous accorder les autorisations de plongée.

Chacun d'entre nous a sa part de responsabilité dans les relations de l'expédition avec les autochtones.

Paramètres techniques :

Plongée profonde en milieu souterrain :

Rappels et notions de bases sur les données physiologiques.

A - 50 mètres, la PPN2 est de 4,7 bar ce qui, au regard des notions généralement admises en immersion est déjà narcotique. Cette narcose peut sembler relativement "gérée" par les individus accoutumés à plonger à cette profondeur à l'air.
Mais la qualité et la précision des opérations à effectuer est altérée plus ou moins sensiblement selon les jours. Particulièrement si l'eau est froide ou si une situation de stress se développe (problème d'orientation, obscurité, incident matériel).

Aussi, nous avons fixé le taux de PPN2 à la profondeur maximale à 3,5 bar.
Dès que la pression augmente ou diminue, les effets de l'oxygène sur l'organisme sont modifiés.

La toxicité de l'O2 au delà de 1,6 bar de pression partielle est constatée lors d'expositions prolongées. Considérant qu'en immersion une syncope sans signes avant-coureurs se traduit par une noyade, il est impératif de maintenir la PPO2 entre 1,6 bar maxi et 0,2 bar mini à la profondeur maximum de la plongée.

Déjà deux conditions se dégagent : PPN2 < 4 b et PPO2 < 1,6 b.

Fiche préparation de plongée

L'utilisation de l'hélium comme diluant, permet d'abaisser les PPN2 et PPO2 jusqu'aux seuils déterminés en fonction des pressions partielles souhaitées à la profondeur maxi.
L'hélium, gaz neutre rend également plus fluide le mélange respiratoire (moins de risque d'essoufflement). Par contre, ce gaz diffuse différemment. Les tissus se saturent et se désaturent beaucoup plus rapidement, ce qui interdit l'utilisation des tables de décompression air standard et encore moins le bricolage à partir de celles-ci.

La conduite de la décompression vise à respirer en permanence un mélange suroxygéné le moins saturant possible et dont le pourcentage d'oxygène est tel qu'il est respiré à une pression partielle de 1,6 bars maximum.

Nota : L'hélium, commence à dégazer dans l'organisme des qu'on commence à remonter. Les tables de décompression pour des plongées à fort pourcentage d'hélium comportent des paliers très profonds et la remontée au niveau du premier se déroulera à la vitesse maxi. de 10 mètres/minute.

Exemples : Pour 25 minutes à -140 : premier palier à -105, ce qui implique la gestion de six gaz différents au cours de la remontée en plus du mélange fond.
Pour 60 minutes à -80 : premier palier à -60 et gestion de trois gaz de décompression en plus du mélange fond (Tables: J.P. Imbert).

Approche pratique :

En Croatie, l'eau est froide (de 12 à 6°C selon les régions), il faut composer avec des paramètres aggravants (section de galeries, courant, mauvaise visibilité...etc) et les profils de plongée, parfois biscornus, sont imposés au plongeur par la morphologie de la cavité.

La conjugaison de ces paramètres, combinée à l'éloignement géographique des structures de traitement des accidents de décompression, nous a conduit a établir une organisation rigoureuse des plongées profondes, tant dans le choix et la confection des mélanges gazeux que sur la planification des plongées, afin de sécuriser au maximum les immersions des plongeurs de pointe et d'assistance.

L'utilisation de mélanges à pourcentage élevé d'hélium permet un plus grand confort inspiratoire (masse volumique du mélange plus faible ), donc un risque d'essoufflement limité, une grande lucidité, sans risque de narcose. De plus, en eau froide, les échanges thermiques au niveau du premier étage du détendeur sont plus rapides et le risque de givrage est diminué.

C'est donc naturellement que nous sommes venus à la plongée au Nitrox puis au Trimix, garantes de sécurité pour la poursuite de l'exploration de certaines cavités.

Techniques :

Paradoxalement, une plongée profonde commence à la maison, avec des choix à faire en fonction du profil de la cavité:

Définition des paramètres de plongée et de la composition du mélange Trimix afin de ne pas dépasser 1,6 bars de pression partielle d'oxygène et 3,5 bars de pression partielle d'azote à la profondeur maximale. Choix des mélanges et estimation des volumes à emporter: calculs d'autonomie (principe de redondance), élaboration des consommations/mélange et répartition des blocs/type de mélange.

Limitation préalable de la profondeur maximale atteinte en pointe en fonction de la nature du mélange.
Choix d'une procédure de décompression et de tables : calculs d'autonomie (principe de redondance), élaboration des consommations/mélange et répartition des blocs/type de mélange.
Analyse des risques et solutions de secours en cas de dérive, d'aggravation du profil.
Limitation préalable de la durée du "temps fond" en fonction des gaz disponibles sur la ligne de décompression.
Choix du matériel (nombre et volume des blocs, positionnement dans la cavité) et matériel spécifique (propulseurs, cloche de décompression...).
Elaboration d'un plan d'intervention (nombre et choix des intervenants en fonction des profils des plongées d'assistance).

fiche suivi de plongée

Alors seulement vient la phase de réalisation des mélanges, d'analyse, d'étiquettage visible et aisément identifiable dans les pires conditions de chaque bouteille (air, nitrox, trimix) avec les pourcentages de chaque gaz et les profondeurs maximales d'utilisation. (Cet aspect mériterait à lui seul une note technique).

Injection d'Argon dans le vêtement lors des plongées au Trimix, afin de limiter les déperditions calorifiques, donc prévision d'une bouteille supplémentaire, équipée d'un premier étage de détendeur (2° étage supprimé afin d'éviter toute confusion, l'argon étant irresrirable) assorti d'une soupape de surppression pour éviter de détériorer le volume en cas de surpression du détendeur.

Utilisation de tables Trimix sportives (Ex.: Jean-Pierre IMBERT ou certains logiciels).
Utilisation de documents de gestion des plongées complexes développé en collaboration avec le Spéléo-Secours Français.

Matériel :

La manipulation de l'Oxygène n'est pas exempte de risques, aussi, nous utilisons des bouteilles et robinets dégraissés et des détendeurs Nitrox pour les mélanges suroxygénés.
Les détendeurs et narguilés utilisés avec l'oxygène pur sont dégraissés et dédiés uniquement à cet usage.

Utilisation de propulseurs quand c'est posible.

Afin de pallier à d'éventuelles défaillances, le matériel spécifique (narguilé O2, lyres de transvasement, analyseurs O2, raccords...etc.) est doublé et disponible sur site.

logistique:

Cette organisation collective visant à explorer le milieu souterrain noyé n'est possible que par l'engagement de toute une équipe, dont la sécurité de chacun des membres est à prendre en compte.

Déroulement d'une plongée spéléo profonde type :

Préalables

1. Sécurisation du siphon (nettoyage des anciens fils-guides, équipement en fil ou cable neuf et décamétré) installation d'une corde dans la zone de paliers pour supporter les blocs de décompression et assurer un confort optimum.

2. Un soin particulier est apporté au choix des équipiers. Les plongeurs interviennent en-deçà de leurs possibilités afin d'assurer la "mission" et éviter un accident. Nous sommes également très vigilant à la banalisation de la profondeur. Ce n'est pas parce qu'on plonge à -100 qu'une plongée à -40 devient anodine.

3. Décompression à l'oxygène pour les plongées de rééquipement et d'assistance.

4. Planification de la plongée profonde à l'avance "run-time" avec prévision d'une procédure de repli en cas de problème ou de dépassement du "temps-fond".

5. Organisation des plongées d'assistance et attribution nominative des tâches et horaires d'intervention.

6. mise en place dans le siphon de la ligne de décompression, des bouteilles de progression et de sécurité (vérification systématique du bon fonctionnement des détendeurs), des plombs de paliers, voire du propulseur si besoin est.

7. Mise en "préalerte" des caissons de recompression les plus proches disposant de personnel spécialisé dans le traitement des accidents de plongée et organisation de l'acheminement d'un accidenté. La liste et les coordonnées des caissons de recompression est disponible sur site.

8. En surface, un kit médical oxygène est opérationnel pour chaque plongée (assistance et pointe).

Plongée d'exploration:

1. Un responsable organise les plongées d'assistance. Il a en sa possession un double des jeux de tables utilisés par le plongeur profond, une calculette, le plan de déroulement de la plongée profonde, une fiche de suivi de plongées, un jeu d'ardoises immergeables équipées d'un crayon taillé des deux côtés, et de quoi écrire.

2. Départ du plongeur de pointe et calage des horaires d'intervention.

3. Deux (l'un suppléant l'autre en cas de problème technique ou humain) plongeurs d'assistance sont équipés pour le premier contact (prise d'infos pour la surface afin de caler les visites suivantes), en cas de retour prématuré du plongeur de pointe en cas d'incident ou d'abandon de l'objectif et un éventuel soutien lors des premiers paliers.

4. Le "gestionnaire" en charge de la tenue de la main-courante et de l'organisation des plongées gère en permanence la surface, il recale et coordonne la mise à l'eau des plongeurs de l'équipe dès que le premier plongeur de soutien remonte avec la plaquette "de jonction", sur laquelle le plongeur de pointe a précisé les informations suivantes:

Recto: Profondeur d'entrée dans la table ? (parfois différente de la profondeur maxi.), Temps d'entrée dans la table ? Profondeur du palier actuel ? Temps restant à cette profondeur ? Prochaine visite d'assistance (profondeur du palier) ? Besoin de quelque chose ?

Verso: Vierge pour informations et développement complémentaires.

5. Pendant la pointe, aucun autre plongeur que le "pointeur" dans le siphon afin d'éviter tout cafouillage.

6. Les plongées d'assistance se font à l'air pour éventuellement intervenir jusqu'à -50.

7. Le plongeur de pointe réalise la topographie de la partie explorée, afin d'optimiser la plongée profonde. La topographie en retour de pointe se combine avec la plongée aux mélanges, dans la mesure où la remontée doit s'effectuer lentement.

8. Après l'intervention du plongeur d'assistance de "jonction", les plongeurs d'assistance suivants se répartissent les visites et sortent au fur et à mesure les bouteilles déjà utilisées.

Si des bouteilles de sécurité n'ont pas été utilisées, elles peuvent rester en place pour une éventuelle pointe ultérieure.

9. Les plongées "balade" ou préparatoires à une pointe ultérieure peuvent commencer.

Après la plongée:

1. Aucun effort dans un laps de temps équivalent à la durée totale de la plongée qui suit la sortie de l'eau (portage, chargement des bouteilles sont proscrits).

2. Bilan physique rapide pour évaluer l'état de fraîcheur, donc la qualité de la décompression.

3. Enregistrement de la description et croquis de la partie explorée dès la sortie de l'eau.

4.Un report des éléments et des consommations sert de base pour la planification de plongées futures.

5. Les Trimix restants peuvent être recyclés (seulement 1 fois) pour la plongée suivante afin d'économiser les réserves et de réduire le temps de préparation.

Un et un seul recyclage sera réalisé.

Nous participons avec le Spéléo Secours Français à l'élaboration de procédures applicables lors d'opération de sauvetage dans des cavités noyées profondes. Ces travaux sont actuellement en cours de validation sur des sauvetages réels et lors de plongées d'exploration.

L'équipe :

 

Participants

Adresse

1.

BASTIN Jean-Pierre

180, av. de la couronne
1050 BRUXELLES - Belgique

2.

BRUNET Philippe

21, rue Louis Fablet
94200 Ivry sur Seine - F rance

3.

CHOCAT Marc

41, rue Emile ZOLA
37000 TOURS - France

4.

COSSEMYNS Roger

61, rue des Goujons, boite 99
1070 BRUXELLES-Belgique

5. et 6.

CVITANOVIC Hrvoje et BALAS Ana

Kurelceva 3
47000 KARLOVAC - Croatie

7

DAWAGNE André-Marie

3, place de Souimont
51540 FLOREFFE - Belgique

8

DEPIN Christophe

35, rue Michelet
92370 CHAVILLE - F rance

9

DUTHEILLET Anne

35, rue Michelet
92370 CHAVILLE - F rance

10

FABRE Francis

le mas blanc, la Tour sur Orb
34260 Le Bousquet d'Orb - France

11

GUIS Michel

194, parc de sainte-Claire
83160 Lavalette - France

12

HUTTLER Richard

18 r. Benedite
30000 NIMES - F rance

13

MANIL Jean-François

rue E.Delires
5150 FLOREFFE - Belgique

14

MARTIN Jérome

17 rue Max Raphel
30900 NÎMES - F rance

15

MOUTARD Nelly

244 av. de Limoges
79000 NIORT - F rance

16

MUGNIER Patrick

6 allée des oliviers
13700 MARIGNANE - France

17

OZIMEC Roman

Bokaceva 11
10000 ZAGREB - Croatie

18

POLIC Gordan

Sveta Kriz 2
51322 FUZINE - Croatie

19

STEFANATO J.-Pierre

244 av. de Limoges
79000 NIORT - F rance

20

TOULOUMDJIAN Claude

125, rue Jaubert
13005 MARSEILLE

21

TOMAC Karlo

Dr. Franj Rackog 70
51322 FUZINE - Croatie

22

TOURTELIER François

88, impasse des muriers
13140 MIRAMAS - F rance

23

VASSEUR Frank

3 imp. des jardins
34130 MUDAISON - F rance

24

VLASTELIC Ivan

77, rue Dunois
75646 PARIS Cedex 13 - F rance

25

WUYTS Martial

135, rue Wayez 1
420 BRAINE L'ALLEUD - Belgique

F.F.E.S.S.M. : Fédération Française d'Etudes et de Sports Sous-Marins.
F.F.S. : Fédération Française de Spéléologie.
H.S.S. : Hrvatski Speleoloski Savez.
U.B.S. : Union Belge de Spéléologie.

Présence sur l'expédition (projet Vasseur)

DEROULEMENT DE L'EXPEDITION :

03/08: 16 heures, premier rendez-vous de l'expédition. Francis, descendu de son piemont orbois, arrive chez Frank, dont le camion est en cours de chargement.
Arrivée chez Patrick, à Marignane, vers 18 heures pour une revue détaillée du matériel afin d'éviter tout oubli.

04/08: Réveil aux aurores.... marseillaises. L'équipe se scinde: Patrick et Francis vont récupérer le camion de location. Là, une surprise les attend, le "Ducato" qui doit faire plus de 4 000 kilomètres chargé comme on l'imagine, a les pneus lisses. Patrick négocie et finalement nous bénéficierons d'un volkswagen TDI rallongé. Avec ça, la route n'aura qu'à bien se tenir ! Il faudra quand même revenir un peu plus tard dans la journée.

Pendant ce temps François et Frank s'offrent une visite dans le centre de Marseille pour laisser leurs véhicules au garage.
Finalement, nous décollons à 16 heures après quelques photos du matériel et une séance hautement technique de chargement de véhicule. La nuit est longue, un peu moins que d'habitude, car le camion de location entraîne inlassablement la 405 vers la Croatie.

05/08: L'aurore n'est plus qu'un enchaînement de formalités douanières entre les douanes italiennes, slovènes et croates, et au point du jour, nous découvrons l'Adriatique, large miroir immaculé qu'aucune vague ne vient rider. Inoubliable ! Avec en fond musical "Exil" de Bernard LAVILLIERS, l'instant est sublime....

Les dernières heures de conduite, le long de la côte sinueuse, sont un peu pénibles, avec la nuit "grise" dans les pattes et la clarté blafarde du petit matin embrumé, pour finir, dans le poljé d'Otocac.

Après un café à Otocac, Franjo, notre hôte, nous ouvre l'étage de sa maison qui nous sera dévolu durant l'expé. Avant de passer en position horizontale, nous ne résistons pas à l'envie d'aller faire le tour du poljé pour voir les résurgences qui nous attendent et les conditions.
De retour au gîte nous retrouvons Jean-Pierre BASTIN, Roger COSSEMYNS et Martial WUYTS, qui, arrivés la veille au soir, ont bivouaqué à proximité. Nous nous accordons quelques heures de sommeil, puis déjeunons à Otocac, où Gordan, le compagnon croate de toutes les expéditions et représentant officiel de la fédération croate de spéléologie, nous rejoint.
Après une première réunion pour faire connaissance, nous préparons les bouteilles à déposer dans Majerovo Vrelo afin d'enchainer par la suite trois plongées au trimix.

06/08: Tout le monde sur le pont pour la première plongée du camp. Aujourd'hui, le programme est chargé pour Majerovo Vrelo: vérification de l'état de la corde installée l'année dernière dans le puits d'entrée, installation des bouteilles d'oxygène de sécurité qui resteront tout le séjour à -6, nettoyage des vieux fils d'ariane dans le conduit principal, équipement en cablette gainée jusqu'à 165m. de l'entrée, portage des bouteilles de décompression pour les pointes futures.

Pendant que Jean-Pierre B., Roger, Patrick, Gordan, François, Frank et Martial barbotent, Ivan (riverain de la source et fournisseur des expés en Slivovice) et un habitant de Sinac conduisent Francis à Serticeva jama.

Une mauvaise interprétation des propositions de notre restaurateur nous conduit à accepter un espèce de cassoulet infâme, qui, cumulé à la chaleur occasionnera quelques régurgitations.

Le soir, Karlo, l'autre accompagnateur croate, qui était en vacances sur l'île de Krk avec sa copine, arrive en bus à Otocac.

07/08: Programme similaire à Majerovo vrelo pour Jean-Pierre B., Roger, Patrick, Gordan, François, Frank et Martial. Le puits d'entrée parallèle est équipé en corde, le reéquipement en cable poursuivi jusqu'à -55 pour y raccorder un nouveau dévidoir métré jusqu'à 500m., nettoyage des anciens fils jusqu'à -55, dépose des dernières bouteilles de décompression air et Trimix jusqu'à -45, essais du propulseur W.K.P.P., première scéance photo., prélèvement de faune.

Karlo et Francis, sur les indications des habitants du village, explorent une grotte argileuse située au-dessus de Izvor Pecine d'environ 150m. de développement. Nous baptiserons cette cavité Pecina jama, riche de trois siphons vierges à plonger.

Jean-Pierre et Karlo se livrent à un rituel traditionnel à Majerovo Vrelo: la dégustation de la Slivovice d'Ivan, propriétaire riverain de la source. La séance se soldera par un carton rouge pour Jean-Pierre qui préfèrera son oreiller au respas du soir.

Vers 21h30, les parisiens Philippe BRUNET, Christophe DEPIN, Anne DUTHEILLET et Ivan VLASTELIC arrivent enfin. L'explication de leur retard est logique pour des métropolitains: les embouteillages.

08/08: A partir d'aujourd'hui, le nombre de participants permettra un "éclatement" quotidien sur plusieurs objectifs :

Roger poursuit l'équipement de la zone profonde de Majerovo Vrelo au Trimix, assisté de Jean-Pierre B. et Martial.

Les parisiens se mettent en jambe dans Majerovo vrelo durant les paliers de Roger.

François, Gordan et Patrick, accompagnés par Francis, effectuent une reconnaissance à Markarova Spilja. Le siphon (75m., -11) est franchi et l'escalade post-siphon s'élève à 7m. .

Température de l'eau: 8,5°c. Température de l'air: 8,8°c.

Frank accompagné par Karlo plonge Izvor Pecine. Il s'agit d'une vaste bassin artificiel destiné à l'alimentation d'une pisciculture il est alimenté par trois sources impénétrables, dont la plus septentrionnale bute à -2 sur un colmatage de blocs. Le bassin, riche d'une abondante végétation, dont le fond oscille entre -2 et -3 m. n'offre rigoureusement aucun départ de galerie.

09/08: Programme multiple et varié :

Poursuite du reéquipement et pointe de Frank à Majerovo Vrelo avec Jean-Pierre B., Roger, Patrick, Gordan, François et Martial.

Arrêt à 375m. de l'entrée (-90)...et ça continue. En sortant, une équipe d'une chaîne de télévision nationale nous interviewe "à chaud". C'est la mairie d'Otocac qui a informé les médias, et nous aurons régulièrement la visite de journalistes de la presse et de la radio. Ceci ne sera pas sans susciter quelques jalousies chez les despotes fédéraux locaux.

Philippe et Ivan, partis pour repérer le départ du S .2, ne sortent pas S.1 de Crnacka Spilja puis se joignent à l'équipe d'Izvor Sinjac.
Christophe, Anne, Francis et Karlo partent en reconnaissance à Izvor Sinjac, afin de se rendre compte des conditions de visibilité et d'inspecter les trois lacs attenants.

Ils confirment que le lac amont est bien celui d'où provient l'écoulement, alors que les lacs médian et aval, respectivement plongés jusqu'à -45 (arrêt sur rien) et -55 sont stagnants.

10/08: C'est au tour de Patrick de "pointer" à Majerovo Vrelo, avec en assistance Jean-Pierre B., Roger, Gordan, François, Frank et Martial. Il poursuit jusqu'à 395m. (-92) dans un conduit chaotique et sinueux.

Francis, après avoir repéré un puits aménagé en aval de Majerovo Vrelo dans le poljé, se rend avec Christophe, Anne et Karlo à Pecina jama. Ils poursuivent l'exploration jusqu'aux siphons terminaux et lèvent la topographie.

Philippe et Ivan plongent le lac amont d'Izvor Sinjac jusqu'à -50 et s'arrêtent en raison de la profondeur.
Martial, accompagné par Gordan, plonge Izvor Zaluznica pour constater que le siphon de cette grotte, déjà plongé par Robert SEEBACHER (Autriche), bute sur une étroiture à tenter en décapelé. Ils reconnaissent ensuite Izvor Podum, dont le siphon, véritable cloaque, serait à voir.

Anne et Christophe plongent ensuite Majerovo Vrelo pour inspecter les voûtes du canyon, à 180m de l'entrée et le début du shunt, sans résultat.

11/08: Pour la dernière éclipse du millénaire, nous ne serons pas aux meilleures loges. Le ciel est noir de nuages, et nous n'apercevrons que quelques instants l'astre voilé.

Jean-Pierre B., Roger et Karlo plongent Crno Vrelo, dans le poljé de Dreznica, qui devrait développer 110m. jusqu'au terminus de -54. En fait, il s'agit de fractures très étroites, à la limite du pénétrable, à revoir avec des bouteilles de petite capacité. Une fois de plus, les informations dont nous disposions (communiquées par le président de la fédération croate) étaient erronnées.

Francis, Patrick, Gordan, François et Francis plongent à Markarova Spilja pour réaliser des images vidéo de protées et faire l'escalade post-siphon (8m.) qui débouche sur de courtes galeries rapidement impénétrables.

Philippe, Christophe, Anne, Frank et Ivan font une séance photo dans Majerovo Vrelo, puis Christophe, Anne, Frank se rendent dans le poljé de Dabar où deux sources, dont l'une est captée pour l'eau potable, sont à plonger.

C'est Christophe qui s'y colle et simmerge dans Izvor Crevarak, la source captée, dont le bassin s'avère impénétrable malgré un débit de 10 l/s. environ. Cette incursion ne plaît guère à quelques personnes du village, malgré l'autorisation écrite du service des eaux d'Otocac dont nous disposons. Après quelques explications, tout rentre dans l'ordre et nous partons pour Izvor Pila, vaste piscine située sous la route, bouchée elle aussi à -2m., malgré un débit d'environ 5l/s. .
Durant la nuit, les éléments se déchaînent et nous assistons à un orage violent, accompagné de chutes de foudre, non loin du gîte.

12/08: Gordan accompagne Christophe et Anne à Markarova Spilja pour y faire des photographies de protée.
Jean-Pierre B., Roger et Karlo se rendent à Izvor Sinjac, où le lac amont leur livre une jolie première:

Roger: "... En chemin, nous découvrons, une fois de plus, les horreurs de la guerre: champs de mines, entonnoirs d'obus, carcasses de chars calcinées... La fin de notre approche est une piste longue de 12 kilomètres. Nous sommes trois pour cette sortie: Jean-Pierre, Karlo, notre guide croate, et moi-même.

Les "trois lacs" sont d'un aspect fort sympathique et font au moins 20 m. de diamètre chacun. Curieusement, c'est le lac le plus éloigné du massif calcaire que semble provenir l'essentiel du débit. Nous convenons d'un plan d'attaque (pacifique !): Jean-Pierre partira une minute avant moi, en emportant un spot de 100 watts, afin de vérifier l'amarrage et de tenter d'apercevoir une éventuelle prolongation. Je le dépasserai ensuite avec le dévidoir de fil pour explorer la suite, si elle existe ! Sitôt dit, sitôt fait: je m'immerge, et je rejoins Jean-Pierre à -42 où nos prédécesseurs ont attaché le bout du fil sur... une épave de charrette! Je raboute mon fil et c'est parti. Jean-Pierre me suit et donne du spot. Nous suivons le fond en pente douce.

Soudain, notre route est barrées par une spectaculaire lame rocheuse. Derrière: le trou noir!

Hélas, il nous faut déchanter: ce n'est que l'ombre de la lame précitée... Nous poursuivons donc la descente en suivant la paroi. Quelques mètres plus loin, le fond d'alluvions est remplacé par un tapis de blocs et de galets roulés: la source n'est plus loin. En effet, nous apercevons le porche d'une galerie de belles dimensions. Nous y pénétrons tout excités. La descente se poursuit. Vers -60, Jean-Pierre, qui a atteint sa limite d'autonomie, fait prudemment demi-tour. Pour ma part, ayant, de façon optimiste, opté pour un bi-bouteilles 2 x 20 litres, je continue encore l'exploration sur une dizaine de mètres. Mais il faut se rendre à l'évidence, je ne verrai pas le fond aujourd'hui: je suis maintenant à -67 et il est grand temps de faire demi-tour. Je coupe mon fil et je reviens en mémorisant au mieux le parcours. Bilan du jour: 30 mètres déroulés, cap 310°, arrêt sur.... rien ! Vu la profondeur et la température de l'eau, nous y effectuerons nos paliers de -6 à l'oxygène pur. Pendant ceux-cis, je songe déjà à revenir, au "trimix" cette fois.

Le soir, au camp, débrieffing de la journée. Tout le monde est emballé. Le "chef", Frank aussi et il nous propose de tenter une pointe dès le lendemain car notre expé touche à son terme. Nous inventorions ce qu'il nous reste comme gaz: Trimix 18/42/40, Nitrox 50/50..... On peut voir venir."

Francis, Patrick, François, Frank et Martial font des images vidéo, que dis-je, une reconstitution historique de la pointe de Patrick à Majerovo Vrelo. La galerie est ensuite inspectée en détail, avec le phare de cinéma (250 watts), pour remonter deux cheminées sans suite (butant respectivement à -28 et -26) à 90m. et 120m. .

François plongera ensuite le puits bati situé en aval dans le poljé (baptisé, faute de mieux, regard sur Majerovo Vrelo), puis Izvor Podum, dont les plans d'eau sont colmatés à -2m.

Durant la nuit, le temps tourne à nouveau à la pluie.

13/08: Très tôt le matin, Karlo et Patrick raccompagnent François à Rijeka où le bus, puis le train le ramènent en France où ses activités professionnelles l'attendent.
Plongée à Izvor Sinjac Jean-Pierre B., Philippe, Roger, Frank, Ivan et Martial.

Roger: "... Retour en force aux trois lacs. Philippe et Jean-Pierre installent une corde destinée à recevoir les bouteilles de décompression: oxygène à -6, Nitrox 50/50 à -21 et air à -30. Pendant qu'ils s'affairent, je m'équipe, si bien que, dès que tout est prêt, je plonge. Je suis vite à mon terminus de la veille, à -67m. Je raccorde mon fil d'ariane et je poursuis vers le fond. La galerie continue à descendre rapidement et j'atteins vite la limite de mes tables. C'est là une des difficultés de la plongée aux mélanges: la profondeur maximum doit être scrupuleusement respectée. A contre-coeur donc je fractionne mon fil sur une arête rocheuse à -78, après seulement trente mètres de progression. La suite est évidente: toujours plus bas dans une belle galerie de plusieurs mètres de haut.... Je fais demi-tour et je suis rapidement à mon premier palier où Martial vient prendre de mes nouvelles. Les arrêts se succèdent et j'arrive bientôt à mon palier oxy de -6m. Là, visite de Jean-Pierre qui m'apporte un thermos de thé bien chaud. Quel luxe ! Bienvenu toutefois, car, malgré une eau plus chaude que dans les autres sources où nous avons plongé (13° au lieu de 8°), j'en ai pour trois heures d'immersion au total.

C'est sur cette belle explo. que s'achèvent nos pérégrinations croates. Nous garderons de ce séjour le souvenir d'une excellente ambiance de camaraderie et d'entraide qui a permis des résultats appréciables."

Christophe, Anne et Karlo retournent à Pecina Jama pour plonger le siphon terminal, colmaté à -10.

Francis, Patrick et Gordan préparent les mélanges pour les pointes trimix futures, puis plongent les antres sources du poljé de la Gacka, dont Tonkovica Vrelo, qui sont toutes impénétrables malgré des débits parfois supérieurs à 4 m3/s. .

Le soir, l'apéro est chargé car c'est le week-end de va-et vient entre les équipes de la première et de la deuxième semaine. Ainsi, nous retrouvons au gîte Nelly MOUTARD et Jean-Pierre STEFANATO, puis André-Marie DAWAGNE (bébé) et Jean-François MANIL (doudou), les spécialistes belges des galeries étroites et des eaux troubles.

14/08: Moment d'installation pour les uns, de rangement pour les autres. Jean-Pierre B., Roger et Martial s'en retournent au plat pays, alors que les parisiens migrent vers le sud pour l'île de Hrvar.

Pour le reste de l'équipe, à moitié reconstituée avec du sang frais, nous montons dans le Gorski Kotar, dans le nord du pays, où nous avons déjà plongé lors des deux précédentes expéditions. Après un déjeuner collectif devant Izvor Licanka, nous nous séparons en deux groupes, pendant que Karlo récupère chez lui, à Fuzine.

Plongée à la Izvor Licanka. Boubou: "Le but était d'aller vérifier si des départs potentiels d'escalade étaient réellement intéressants. Donc, nous plongeâmes... trop plombés, avec un kit trop chargé, et dans de l'eau glacée. Ceci nous permit de mettre au point une toute nouvelle technique de progression subaquatique : le franchissement de siphon en escalade latérale. Si ! Si ! Hormis cette grande découverte, les escalades se sont avérées peu prometteuses. Time ! "

Plongée à Zeleni Vir: Francis, Nelly, Patrick, Gordan Jean-Pierre S. et Frank.

Frank: "Nous espérions une meilleure visibilité que l'an dernier, et bien c'est raté ! Patrick, qui part reéquiper jusqu'à -30, s'enfonce dans les eaux glauques. Visibilité 1,5m. maximum. Après le terminus de l'an dernier, un point bas à -35 dans les blocs semble annoncer une remontée. En progressant dans un enfer chaotique, je reviens en direction de l'entrée le long d'une paroi tapissée de limons et de débris végétaux. A -15, j'atteins mes limites d'autonomie en air, et je manque de plombs pour gérer convenablement ma flottabilité. Arrêt sur cette paroi d'une salle noyée immense et encombrée de blocs à -15. En sortant, nous pensons tous que nous tenons peut-être le chemin d'une éventuelle sortie."

Nous nous retrouvons à Fuzine, animé d'une fête estivale, où devisons un moment avec les personnages du village avec qui nous avons fait connaissance lors des expéditions précédentes.
Le soir, Richard et Jérôme nous retrouvent à Otocac. Nous dînons dans une ambiance de fête, car le restaurant où nous dînons quotidiennement accueille un mariage. Jupettes et jupons à profusion, pour les yeux seulement.

15/08: Dédé et Boubou plongent à Crnacka Spilja. Boubou: "Les données assez obscures que nous avions au sujet de cette cavité nécessitaient une reconnaissance. Ce que nous fîmes... Le siphon 1 prééquipé ne pose aucun problème et donne accès à un magnifique post-siphon, tel que les spéléos en raffolent. De belles galeries, la rivière, des passages aquatiques surprenants. Bien ! Ceci nous a mené face au second siphon qui dès lors existait bien. Il ne restait plus qu'à organiser sa plongée et espérer une jonction avec un gouffre connu en amont. Le retour nous a offert une rencontre avec deux protées. Poétique !?"

Grosse journée à Majerovo Vrelo pour préparer la prochaine pointe avec Francis, Richard, Jérôme, Nelly, Patrick, Gordan, Jean-Pierre S., Karlo et Frank. Les bouteilles de progression et de décompression sont installées de -44 à -18. Richard et Jérôme prennent contact avec la source et tentent quelques clichés et images vidéo, Jean-Pierre S. revoit le shunt et explore une cheminée et un puits, et nous organisons une séance "pédagogique" pour Gordan qui essaye pour la première fois un volume étanche et Karlo qui fait son baptème de plongée. Ils en ressortent emballés.

Marc CHOCAT, qui sort d'une semaine dans le Lot à voir passer les crues, nous rejoint en début d'après-midi. L'équipe de la deuxième semaine est à présent au complet.

16/08: Partis pour plonger Crno Vrelo, qui s'avère impénétrable, Francis, Boubou, Dédé, Richard, Jérôme, Gordan et Karlo découvrent deux cavités butant sur des siphons.

Boubou: "L'entrée de Komarceva jama 1 était au siphon ce qu'une soirée à la Slivo est au réveil du lendemain... Au départ agréable, puis offrant un goùt plus que douteux. La mise à l'eau se situe sous une trémie particulièrement "engageante". Neanmoins, Dédé fouille, touille, s'embrouille et, après un passage qu'il qualifiera par après de "belge", se retrouve dans une eau limpide à tirer du fil au milieu des protées ! Trente mètres sont déroulés, puis retour sur autonomie (2 x 4 litres).

Pour aller dans cette zone, n'oubliez pas vos palmes. Elles serviront entre autres à taper sur les vaches qui broutent vos sièges d'auto ou votre fil. Veillez à vous nourrir convenablement. Les moustiques adorent le sang parfumé."

Patrick part pour une ultime pointe dans Majerovo Vrelo, avec Marc, Nelly, Gordan, Jean-Pierre S. et Frank en assistance.

Mardi 17/08: Alors que Karlo, qui doit passer un entretien d'embauche et Francis, qui enchaîne une expédition spéléo en Espagne nous quittent, Dédé, Boubou, Gordan, Nelly et Jean-Pierre se rendent à Fuzine pour une première pointe dans le S.2 de Izvor Licanka. Une mauvaise surprise, enfin demi-surprise car nous subodorons les magouilles de certains spéléos officiellement bien intentionnés, les y attend.

Boubou: "L'idée de départ était de plonger le siphon terminal de la Licanka. Pour ce, la présence de trois porteurs, un pointeur et d'un soutien moral féminin était requis. Ce beau projet fut malheureusement contrecarré par l'univers Kafkaien de l'administration croate. Nous nous sommes donc reportés surr une source inconnue mais prometteuse (Izvor Kupice). La vasque doit avoir entre 10 et 15 mètres de diamètre et l'entrée de la galerie est à -8. Les deux premiers plongeurs (Manil et Polic) tirent le fil jusqu'à -16 dans une magnifique galerie rectiligne et inclinée à 45°. Il est à noter l'équipement "Tek" des deux premiers plongeurs qui n'hésitèrent pas à plonger en bottes, bi 4 litres et salopette crado dans cette eau limpide. Mon dieu, pardonnez-les !"

Jean-Pierre S. : "A midi, nous sommes sur le pied de guerre devant les grilles de la Licanka à Fuzine, le fief de Gordan, dans l'attente de la confirmation d'une autorisation que nous avons déjà. Mais l'abondance des "nema problema" ne me dit rien qui vaille. De fait, nous sommes finalement déboutés, ce qui met Gordan dans un colère à peine retenue. De rage, il décide de nous emmener plonger une source apparemment vierge près de Delnice.

L'autorisation est obtenue et nous sommes conduits devant l'endroit: une belle vasque circulaire située au pied d'un massif arboré, en bordure d'un torrent à sec où il ne doit pas faire bon séjourner en période de fonte des neiges. Boubou et Gordan, équipés de petites bouteilles, commencent à dérouler le fil pendant que Nelly et moi nous équipons. Ils ressortent enthousiastes : un sourire large comme le Velebit orne le visage de Gordan et Boubou m'annonce une galerie "grosse comme le Ressel avec au moins 15 mètres de visi.". Bigre!

Je me mets à l'eau avec Boubou qui ne résiste pas à m'accompagner jusqu'à son terminus marqué par un retrécissement de 5 x 1,5 m. à -15. Il a bien fait car au moment de commencer à dérouler, après un fractio sur un tronc d'arbre, je réalise que j'ai oublié ma planchette topo. et lui emprunte la sienne. Je progresse ensuite au milieu d'une galerie rectiligne descendante au sol de gros galets, dont je n'aperçois pas les parois. Nelly me rejoint à -36 au moment où je dépose relais et planchette topo. car j'ai le sentiment que plus loin ça va se compliquer.

En effet, cinq mètres plus loin, à -38, le passage est barré par un amas de gros blocs qui occupe la section de la galerie.

Je trouve un passage au ras du sol et progresse d'encore 5 m en me faufilant à travers les blocs jusqu'à -39 pour une distance de 75m. . Je rembobine les derniers mètres de fil et rentre en levant la topo. Arrivé en surface, en décrivant la galerie aux collègues, je réalise que je n'ai pas mesuré la largeur de la galerie.

Je redescend donc à -20, où la largeur est de 10 mètres (la visi etait donc de 5 mètres à l'aller) et la température de 7°. Au moment de noter ces observations, je constate que la feuille de relevés s'est détachée de la planchette topo. . Le report a donc été effectué de tête, mais la pente et la direction sont suffisamment constantes pour que nous nous en contentions."

Marc, Richard, Jérôme, Patrick et Frank se rendent à Izvor Sinjac pour la dernière plongée Trimix de l'expédition. Sur le chemin, nous découvrons une autre facette du pays, que les croates s'efforcent d'oublier, celle qui reste profondément marquée par le récent conflit meurtrier. La route est bordée de champs de mines, signalés des rubans accrochés aux arbres ou des piquets métalliques, de carcasses de véhicules et de chars d'assauts carbonisés, de maisons incendiées aux façades criblées d'impacts de balles et d'éclats d'obus, la route elle-même est oblitérée par des chutes d'obus de mortier. L'horreur atteint son comble lorsque nous croisons, à 4m. du bord de la route, un récent cratère d'explosion, signalé par un ruban rouge "stop police" et orné de bouquets de fleurs. Karlo nous avait informé qu'un homme du village avait sauté sur une mine, il y a seulement quelques semaines de ça ....

Frank : " L'expédition tire à sa fin, et si certaines sources n'ont rien donné, nous serons dans l'obligation de laisser certaines explorations en suspens. Izvor Sinjac sera certainement de celles-là...

En terminant les préparatifs de surface, les copains s'affairent autour de la vasque, sous la gestion bienveillante de Patrick. L'équipe est bien rôdée, et très vite toute la logistique est opérationnelle: documents de gestion et de suivi des plongées, bouteilles de sécurité, ligne de décompression, répartition des tâches.

Il fait vraiment chaud, ici comme au pays des cigales, et j'ai tôt fait de glisser dans l'élément liquide. Marc, encore au palier, m'indique d'un signe que tout est en place, en état de fonctionnement.

Top départ, je file à la verticale dans ce puits à ciel ouvert grandiose, dépose le relais de mélange suroxygéné avec la grappe de blocs, sur la corde à -30, pour atteindre le cône d'éboulis, à -40. Une quantité impressionnante de bouteilles d'alcool jonche la base du puits, reliques d'agapes passées en ces lieux idylliques. Le plus surprenant reste tout de même cette charrette à quatre roues, couchée sur le côté à -42. Les flacons d'air, nécessaires aux premiers paliers de décompression, y sont d'ailleurs accollés.

A partir de -55, la galerie s'engage en un puissant canyon, large d'au moins cinq mètres. Le sol se dérobe en une succession de redans verticaux, constitués de gros blocs effondrés.
Roger a équipé en hauteur, sur la paroi, afin d'éviter un gymkana dans ce chaos. On reconnaîtra là l'expérience de nos collègues d'outre-quièvrain, habitués à évoluer en eau chargée.

-78, terminus du fil. Machinalement, je raccorde mon dévidoir, vérifie le noeud de jonction et prend mon envol pour... pas longtemps..
Cinq mètres plus bas, les parois se referment. La source nous jouerait-elle un mauvais tour ? D'où viendrait le courant ?
En rive gauche, au ras du sol, une langue de sable fin s'échappe d'un sombre interstice.
C'est ce que nous avons coutume d'appeler un laminoir, une galerie plus large que haute. Ici, si sur le côté on distingue à perte d'éclairage, la hauteur jouxte péniblement le mètre.

Fort de l'enseignement de la progression "à la belge", j'évolue à proximité de la rive droite. Du sol, recouvert de sable fin, emergent çà et là des aspérités rocheuses, fort bienvenues pour amarrer le fil d'ariane, évitant ainsi qu'il n'aille se tendre derrière moi dans un passage scabreux.

-96, la voûte vient tangenter le sol. Ici aussi, il est impossible que la source se termine ainsi. Retour en arrière de quelques mètres. Je reviens vers la rive gauche et... gagné !, une belle coulée de sable clair atteste du passage du courant.

Rapide coup d'oeil aux instruments, j'ai encore de quoi avancer un peu en restant dans les confortables marges de sécurité préalablement calculées.

La pente du conduit s'atténue un peu, et, à -101, le plafond se relève. Je file encore jusqu'à une petite arche rocheuse, idéale pour l'amarrage terminal du fil. La dune de sable prend fin au profit d'un sol de gros galets qui file à l'horizontale à perte d'éclairage. Je suis à -103, et le mélange trimix que j'inhale m'accorde une équivalence narcotique similaire à celle ressentie à l'air à -30. Je profite de cette lucidité pour contempler une dernière fois le terminus provisoire de la source et effectuer les relevés topographiques.

Un petit goujon pigmenté croise mes phares à -96. Fidèle, il m'accompagnera durant la remontée, régulière jusqu'à - 57, puis saccadée par les premiers stops de décompression.
Serein, heureux et confiant, je retrouve la charrette et les premières bouteilles d'air. Comme toujours, le passage du trimix à l'air à -45 occasionne une légère narcose, qui s'ajoute à la griserie de la découverte.

Paradoxalement, ce n'est pas pendant l'exploration même que j'apprécie cette fabuleuse expérience qui consiste à découvrir, sur notre planète, des lieux encore inconnus des hommes.
L'esprit est alors trop concentré sur la gestion de nombreux paramètres: recherche du passage, équipement rationnel du fil d'ariane, surveillance des manomètres pour la consommation, de la montre pour les limites en durée d'immersion, alternance des détendeurs...etc, pour savourer pleinement l'instant présent.

Ce n'est qu' aux premiers paliers, une fois les paramètres d'entrée dans les tables de décompression convenablement déterminés, que l'esprit se libère un peu au profit des images fraîches que la mémoire a enregistré.

-36, remontée en pleine eau, alors que les phares de Richard se découpent dans le halo verdâtre du puits d'entrée.
Premier contact avec la surface, il me tend l'ardoise "de jonction" sur laquelle je n'ai plus qu'à remplir les petites cases pour consigner les paramètres de la plongée, afin qu'en surface, les plongées d'assistance suivantes s'organisent.

La suite de la plongée se résume en une succession de stations de plus en plus prolongées, rythmées par les visites des copains qui évacuent les bouteilles vides.
Enfin, dans un dernier instant d'appesanteur, je crêve la surface, accueilli par les mines réjouies des copains. Est-ce le résultat de la plongée, la fin d'une longue journée ou l'heure de la "pivo" (bière) qui approche qui cause tant de joie ?

Peut-être un peu des trois, car le plaisir d'une expédition à l'étranger se nourrit de tous les aspects techniques, humains et matériels."

Le bon professeur docteur Garasic, président de la fédération croate de spéléologie venu nous rendre visite, affichera un "politiquement correct", malgré toutes les manipulations destinées à nous empêcher de plonger dans les sources captées de la région de Gorski Kotar, dont les motifs demeurent complexes et obscurs.

Lors du retour, l'amortisseur avant de la voiture de Richard perd de l'huile. C'est pour lui le début d'un feuilleton mécanico-téléphonique qui lui vaudra un retour en avion et un voyage en Croatie une semaine après le retour de l'expé pour récupérer son véhicule.

mercredi 18 Août: Richard, Jérôme, Patrick et Frank montent en Gorski Kotar pour plonger ZELENI VIR. Richard, dont le véhicule est immobilisé, voyage en passager clandestin dans la caisse du camion.

Richard : "Le parking de ZELENI VIR n'est plus très loin. Je devine, sans l'avoir vue, la route qui nous mène vers notre lieu d'exploration. Il faut dire que les 2 heures et demi de voyage entre Otocac et Skrad furent confortables mais sans lumière et sans paysage.

Seul, bloqué dans la caisse arrière du camion dépourvue de vitre, l'ambiance tient à la veilleuse du plafonnier.
Le camion stoppe. Une main décidée et virile manoeuvre la porte arrière du véhicule, nous sommes arrivés !

La résurgence est captée pour l'alimentation d'une micro-centrale électrique, composée de 2 turbines couplées à 2 génératrices d'une puissance totale de 2 Mégawatts. L'arrêt de la centrale pour raison d'entretien nous permet de contempler la rivière dans son lit naturel.

L'eau est encore laiteuse, mais la visibilité parait être meilleure en comparaison à la plongée effectuée une semaine auparavant par Frank et Patrick.
Une fois revêtus de nos habits de lumière avec la précieuse assistance de Frank et Patrick, nous glissons avec Jérôme vers notre objectif, à 150 mètres de l'entrée.

Après avoir traversé une zone de blocs et une étroiture, la descente est assez verticale. On se retrouve rapidement dans la zone des - 30 mètres. La galerie semble retrouver une certaine cohérence. On distingue une vraie paroi en rive droite et du sable fin dans les parties basses. Plus loin, à - 35 mètres les blocs font leur réapparition. Ils nous accompagnent sur une cinquantaine de mètres à - 24 mètres de profondeur. Là, une paroi inclinée à plus de 60° fait face, nous sommes au terminus. J'amarre le fil et entame une remontée. Rapidement la visibilité se réduit et nous passons à plusieurs reprises à proximité de pierres collées par l'argile ne demandant qu'un effleurement de palme pour dégringoler. A -12 mètres le plafond nous barre le passage. Toute chance de sortir à l'air libre semble compromise. Jérôme décide d'aller chercher dans la zone des - 30 mètres une continuité. Il tirera 40 mètres de fil dans ce qui semble être la suite. Pour ma part, j'ai cherché un hypothétique passage mais je n'ai trouvé que blocs et dunes d'argile. L'impression d'être dans quelque chose de très gros est omniprésent. Le retour se fait sans visibilité. La température de l'eau était de 7°C.

Après 1 heure 50 minutes de plongée nous regagnons la surface, nous partageons ensemble nos impressions: "C'est gros on ne sens pas le courant ! Ca continue, dommage que l'eau ne soit pas plus claire".

Marc, Boubou, Dédé, Nelly, Gordan et Jean-Pierre retournent dans le poljé de Dreznica pour plonger les Komarceva, qui s'avèreront impénétrables. Hrvoje CVITANOVIC, le président du club de Karlovac et rédacteur de Spéléo-Zin, la revue croate de spéléologie et son amis Ana BALAS, ainsi que Roman OZIMEC, responsable de la Société Croate de Biospéléologie, se joignent à eux. Ils nous confirmerons que ces cavités étaient bien inconnues et que c'est la première fois que des protées sont observés dans ce secteur du pays.

Boubou: "Plongées à "Mosquito beach". Bien décidés à râcler la zone, trois plongeurs se retrouvent sur le site. Komarceva jama 1 : nous retournons dans la galerie et nous pouvans enfin observer le départ du siphon, l'eau s'étant clarifiée. Nous avons compris alors que les protées resteraient à jamais tranquilles ! Le passage forcé par Dédé s'ouvrait au milieu d'une énorme trémie instable. Parole du jour: des héros, il y en plein les cimetières.

Komarceva jama 2 : Plongée d'un petit siphon par Marc. Il y a bien une arrivée d'eau, mais elle est impénétrable."

Nous décidons de laisser tomber le poljé de Dreznica, qui n'a pas donné de résultats.

19/08: Dédé, Boubou, Jérôme, Patrick et Gordan partent pour une plongée à Crnacka Spilja.

Boubou: "Et nous voilà partis pour le siphon 2. Cinq hommes dans la force de l'àge prêts à affronter ce verrou liquide dont ils rêvaient toutes les nuits depuis cinq jours.

Raaaaah ! C'était sans compter sur Archimède qui, bien sùr, nous a expliqué que tout corps plongé entièrement dans un liquide reçoit une poussée et tchic et tchac. Mais qui a oublié de nous signaler qu'un kit ça peut couler. On ne peut plus se fier à personne. Toujours est-il que nous sommes revenus breduoilles de première, mais entichis de l'esprit d'équipe dont ont fait preuve les copains. (Ne te tracasse pas pour ça, ça peut arriver à tout le monde, ce n'est que partie remise. Hypocrites va !

Par ailleurs, les recherches en terme de progression subaquatique continuaient. Une technique très particulière, pieds au plafond, sans palmes et bidon étanche sur le ventre est apparue. L'auteur de celle-ci étant un plongeur bien connu de tous, je tairai son nom (néanmoins, il fume la pipe)."

Ana, Marc, Hrvoje, Nelly, Roman, Jean-Pierre S. et Frank se rendent dans la région de Kordun pour plonger Izvor Tounjcica: Jean-Pierre S.: " La grotte aboutit à un lac d'une vingtaine de mètres de diamètre. Le fil en place est amarré sur la paroi opposée à la mise à l'eau. J'accroche une corde qui servira de support à la bouteille d'oxygène pour la décompression. L'ambiance est assez austère : l'eau, sans être trouble, n'est pas franchement limpide, le fil descend en suivant une paroi légèrement surplombante qui constitue le seul repère visible. A -24, le fil disparaît entre deux blocs. A moins d'être particulièrement retors, il est impossible qu'il ait été posé là : les blocs sont tombés après. Y aurait-il quelque chose d'instable à ce point au-dessus de ma tête ?

Après quelques secondes d'hésitation, j'amarre mon propre fil afin de contourner le piège et je reprends la descente. Il y a de plus en plus de blocs, de plus en plus gros. A -38, le fil disparaît entre deux rochers, il ne semble pas fixé à l'autre extrémité, ambiance toujours.
Juste en-dessous, ça s'éclaircit, 10 mètres au moins, gros volume, rochers partout. Je délaisse un passage à gauche vers -40 et continue jusqu'à -45, là où ça me paraît le plus gros.
J'amarre proprement et entame la remontée en rectifiant quelque peu l'équipement pour que Marc soit tranquille.

Arrivé à -10, j'aperçois le cul de la bouteille d'oxygène. La visibilité est donc de 3 mètres dans le puits, jusqu'à -38. Le puits fait probablement une dizaine de mètres de diamètre. T°-11 °C."

Mars fouillera le point bas sans résultat et trouvera, à la remontée, une zone plus claire au sol affecté de ripple-marks à -40.

20/08: Nelly et Jean-Pierre S. prennent la route pour la France via l'Italie. Dédé et Boubou retournent à Crnacka spilja pour récupérer le kit ayant fugué la veille avant de prendre la route pour la Belgique.

Dernière plongée à Majerovo Vrelo pour Jérome et Richard qui font une séance photo, pour Patrick, Gordan et Frank qui font une série de photos de Gordan jusqu'à 70m. de l'entrée, puis dans le canyon, ainsi que pour Marc qui revoit en détail le shunt.
En sortant nous retrouvons Frane, le patron du restaurant où nous dînons, qui est venu s'approvisionner en truites de la Gacka pour le repas du soir, ainsi que l'équipe des parisiens, remontée bien bronzée de Hrvar, qui fait un stop-repas au bord de la vasque avant de reprendre la route.

Après le dernier repas au restaurant, Frane et Josipa, les patrons du restaurant où nous avons diné tous les soir, nous font part du plaisir qu'ils ont eu à nous accueillir et nous offrent à chacun une bouteille de Slivovice.
De retour au gîte, nous trouvons également une bouteille de slivo pour chacun que Franjo, notre hôte, nous offre.

L'hospitalité croate n'est pas un vain mot.

21/08: Marc, bien inspiré, prend la route aux aurores, suivi quelques heures plus tard par Patrick et Frank qui rapatrient le véhicule de location chargé de tout le matériel. Quelques heures de décalage, malgré un départ à 8h30, occasionneront de longues heures d'embouteillages. La galère prendra fin à 18h30 après Venise, où nous pouvons enfin passer la quatrième vitesse.

Richard et Jérôme, plus heureux dans leur malheur, rentreront en avion, aux frais de l'assurance du véhicule, qui bénéficie d'un séjour d'une semaine supplémentaire en Croatie.

22/08: Arrivée vers Marseille vers deux heures du matin. L'essentiel de la journée sera passé en déchargement et rechargements divers, mais tout est revenu à bon port.

BIBLIOGRAPHIE SPELEOLOGIQUE DE CROATIE :

d'après les publications françaises (Spelunca, Info-Plongée, Sifon) et la base de données C.R.E.I. .

par Frank VASSEUR avec la précieuse collaboration de Daniel ANDRE, Maurice LAURES, Jean-Paul HOULEZ, Jean-Paul LIAUTAUD, Roman OZIMEC, Gordan POLIC et Olivier VIDAL.

1 Edouard-Alfred MARTEL: 1896 "La fobia de Pisino, Istrie." Compte rendu de l'Académie des sciences (28/12/1896).

2 Edouard-Alfred MARTEL: 1897 "La fobia de Pisino, Istrie." La nature numéro du 30/10/1897.

Le 21/09/1893, le gouffre de Pisino donnait accès à une grotte renfermant un lac souterrain profond de 13,5m; le 15/10/1896 le gouffre était extérieurement empli d'eau jusqu'à 60 mètres au-dessus du niveau du lac souterrain, dont le fond subissait ainsi une pression de plus de sept atmosphères

3 Edouard-Alfred MARTEL: 1897 "Informations et chronique." Spélunca n°12, p.202-203.

Exploration d'un abîme (-185) obstrué sur le karst triestin entre Opcina et Fernetisch, sur le territoire de Sesana.

Caverne préhistorique en Istrie: Pod Rebar , Pinguente, ossements et silex préhistoriques.

La grotte de Vrlika (Dalmatie) d'où sort une des sources de la Cetina. Description jusqu'à un plan d'eau.

4 Joseph MARINITSCH: 1899 "Nouvelles du Karst - 2° trimestre 1898 et année 1899." Spélunca n°17, 18, 19, 20, p. 30-37.

Section Küstenland du Club Alpin Allemand-Autrichien: Cavernes de la Recca à Saint-Canzian (Istrie) aménagements et observations des effets dévastateurs des crues.

Club Touristi Triestini (d'après les numéros 7 à 12 de 1898 et 1 à 12 de 1899 de "Il tourista") : Les cavernes de Saint-Canzian ; Grotta della Barba (-25) (Italie) ; Fovéa dell'Argilla (-41,5) (I