Le Goul de la Tannerie

-180m au recycleur

 

par Sylvain Redoutey

Avril 2003

Le week-end de Pâques 2003 a été particulièrement fructueux, -180 mètres de profondeur au recycleur après un parcours d'environ 1200 mètres de distance et 12 h 30 de plongée totale .

Le jeudi Claude et Daniel font une première navette pour vérifier les ancrages pour la cloche, mettre en place le répartiteur de charges et placer 2 relais de sécurité à 300 et 500 mètres de l'entrée de la galerie.

Vendredi un impressionnant convoi va parcourir la galerie jusqu'à la zone des paliers, Frédérique pousse le bidon remplit de bouteilles 2 x 10 ; 2 x 7 ; 2 x 4 et marquera les zones dépassant -6 mètres de profondeur pour ne pas risquer une hyperoxie car une partie du dernier palier sera effectuée sur le trajet retour. Daniel amène seul la cloche puis la monte et l'installe à - 9, Claude prend en ventral les 2 bouteilles pour sa plongée du lendemain plus 3 x 4 litres .

Le samedi il ne reste plus que le petit recycleur et ses deux quatre litres à déposer à -70 et un autre recycleur O2 pour les paliers à -9 et -6 . C'est Claude qui aidé d'un mélange trimix va réussir une mise en place parfaite malgré la mauvaise fixation entre le recycleur et ses deux bouteilles et une palme qui se détache . Frédérique lui fait l'assistance au palier pendant que Jacques et Roland dégage le rétrécissement situé à environ 100 mètres de l'entrée. Le soir la totalité de la chaîne de décompression est en place.

Dimanche matin la longue séance d'habillage commence, et la mise à l'eau ne se fera qu'en fin de matinée. Je m'équipe facilement car le RS 2 ne pèse que quelques kilos dans l'eau, il est monté de 2 x 20 litres auxquels je rajoute 2 x 9 litres de trimix intermédiaire sur le côté et 2 x 4 litres de nitrox 60 en ventral. Il est 12 H 15 lorsque je pars, Frédéric passe devant pour me guider sur les 700 premiers mètres. Il a sur le dos un tri 20 litres (car pour éviter de refaire les 700 mètres, il m'attendra dans la cloche et fera le premier contact).

À -18 je dépose mes deux quatre litres et je poursuis sur les deux neuf litres de trimix intermédiaire. À -70 j'effectue une dernière vérification du R.S 3 et ses deux bouteilles de quatre litres. Je m'accroche au zepp et j'arrive rapidement dans la partie horizontale d'environ 150 mètres qui se situe à une profondeur entre -90 et -102 le profil de cette zone est particulièrement accidenté et m'oblige à faire des changements de direction constamment avec le propulseur. Arrivé vers -110 je quitte mon engin car la galerie devient progressivement verticale, je continue à la palme en suivant deux fils d'Ariane celui de Jacques Brasey qui s'arrête à - 130 et celui d'Olivier Isler qui continue.

Soudain vers les -160 j'aperçois la grosse bobine bien caractéristique de fabrication suisse, elle est la, quelques mètre plus bas (grand coup de chapeau pour les -165 en circuit ouvert) je la prends dans la main, aucun autre fils n'est accroché à son extrémité, pas de plomb non plus ! J'accroche donc le mien et me lance dans le vide. Lorsque mon compte à rebours retentit je suis à -180 mètres de profondeur, un becquet rocheux m'invite à stopper-là. J'enroule mon fils autour et le sécurise avec un élastique, je prends mon temps, je suis loin de mes tiers. Mais dans cette manoeuvre, j'échappe ma bobine qui descend en se déroulant je passe rapidement sous le becquet mais trop tard elle est perdue.

A cet endroit la galerie est complètement verticale, la lumière de mes phares puissants n'accroche rien d'autre que les parois, en dessous , c'est le vide ! Jai vu à plus de 200 mètres de profondeur !

La remontée se fait sans problème j'effectue quelques premiers paliers dans le puits terminal, puis récupère mon propulseur qui me tire vers mes premières bouteilles palier. Malheureusement le R.S 3 en dépôt ne pourra fonctionner à cause d'une entrée d'eau. Arrivé à -60 je trouve la plaquette de Frédéric, il m'a loupé car j'ai perdu du temps dans la partie horizontale, de ce fait en surface, une certaine inquiétude s'installe , ils n'auront des nouvelles que vers 19 h. Mais déjà Claude arrive à son tour avec de la boisson chaude et la batterie pour le gilet chauffant (qui ne fonctionnera que dix minutes car des fils se sont coupés en bougeant),
il récupère le zepp et quelques bouteilles à -50 et reste un peu avec moi le temps de décrocher mes deux neuf litres de trimix intermédiaires devenus inutiles puis remonte faire ses paliers. À -9 Daniel est là pour sécuriser mon entrée dans la cloche. Le circuit fermé O2 est assez difficile à utiliser car je ne peux pas le fixer correctement en ventral et le boisseau ne tient pas bien en bouche de se fait pas question de quitter mon recycleur dorsal donc pas de cloche. Je réussirai malgré tout par entrer quelques minutes mais sans pouvoir m'asseoir, histoire de goûter au grand confort que j'aurais pu savourer pendant plusieurs heures. Mais je n'ai pas froid malgré une certaine fuite à l'intérieur de ma combinaison (étui pénien défectueux). L'eau est à 14 degrés ce qui est un luxe pour moi qui suis habitué à plonger dans des eaux dont la température varie entre 4 et 10 degrés. Cinquante minutes avant la fin de mon palier de -6 mètres je prends en ventrales 2 x 4 litres de nitrox 64 et une 3 litres d'oxygène et j'entame les 700 mètres qui me restent à parcourir pour finir cette plongée.

Il est 0 h 53 minutes lorsque j'émerge, toute l'équipe est là pour m'accueillir. La quasi-totalité de l'infrastructure a été désinstallée.
Le lendemain Frédéric et Claude se charge du démontage de la cloche, des 2 bouteilles relais et du petit recycleur oxygène à ramener.
Un grand bravo à toute l'équipe qui aura parcouru près de 23 km de distance et effectué plus de 38 heures de plongée pour me soutenir ainsi que pour mettre en place et démonter toute l'infrastructure indispensable pour cette expédition dont je tiens à souligner l'extrême difficulté liée à la distance.

Cette plongée a été effectuée avec un recycleur semi fermé redondant, sécurisé par un troisième circuit au premier palier.
La consommation totale de gaz a été de 8900 litres.

 

 

 

 

 

 

Participants

plongeurs :
Claude HUREY
Daniel DUMAS
Frédéric MARTIN
Jacques et Roland
soutient en surface : Didier

 

Merci à tous
Sylvain REDOUTEY