Grotte de la Mescla - 1987

 

par Jean-Claude Tardy
Publié dans Info-Plongée n°49.


Départ en pointe, par JC. Tardy

 

Historique

  • Le 11 novembre 1956 - Première plongée du S1 de la MESCLA par J. MASSON, profondeur -7, Longueur :25 m.
  • Le 25 mai 1965 - CUTINI et MATHIVAUD plongent le S1, et explorent 60 m du S2 . Profon­ deur : 24 m.
  • Le 19 juin 1966 - MM TOSELLO- STUAR - T. CALVO parcourent 160 m dans le S2, arrêt sur départ de puits à 16.
  • En 1972, G. MOISE refait ce parcours. Au retour, victime d'un courant trop violent, il sera entrainé à la sortie du S1 dans le siphon aval, et périra asphyxié bloqué à une étroiture.
  • En 1980, les frères LEGUEN parcourent 500 m dans le S2, franchissant les deux points bas à - 63 et - 68.Eric LEGUEN au retour s'égarera, et ne pourra faire ces paliers intermédiaires, situés à 160 m de l'entrée. Il sera victime d'un accident de décompression.
  • En 1983, J. HASENMAYER relève le défi, et franchit le S2 dans son intégralité, en rajoutant 300 m au 500 m de fil d'Eric.
  • Le 28 septembre 1986 ,D.SESSEGOLO et André ROS renouvellent cette performance, mais au re­ tour, A. ROS, frappé par la narcose, manquera une bouteil­ le relais. A -63, à court d'air il remontera en panique jusqu' à - 30 et mourra asphyxié à coté d'une bouteille pleine .
  • En février 1987 Françis LEGUEN traverse le S2 avec le désir de plonger le 3ème siphon, mais le courant trop important lui interdit l'accès au S3; il rentrera passant plus de 5H en immersion.

Juillet 1987

Pongeurs de pointe : Didier SESSEGOLO et Jean-Claude TARDY
Plongeurs d'assistance : Claude QUAS et Silvain SIMONS

Equipement

Samedi 4 : Dépose de 6 bt 2 x 12L à 230 m à - 30 et 2 x 12L + 2 x 9L à 360 m à - 38.

Dimanche 5 : Dépose de 2 x 12L à 600 m à -40 et de 2 x 12L à 160 m à -15.

Jeudi 9 : Transport des scaphandres au départ du S2 Equipement des bouteilles paliers d'air 15L + BI 9L et de 2 x 15L d'oxygène.

Samedi 11 - 7H30, nous ar rivons à la grotte. Pierre AIMON, cinéaste, est là. Nous atteignons le siphon. Pierre filme nos prépara tifs et enregistre nos dialogues.

9H30 - Nous quittons nos amis et plongeons le S1. Au départ du S2,nous récupérons nos scaphandres. Ici,le contraste est saisissant. Fini le bruit et les 1000 W des projecteurs, face à nous -mêmes, nous nous équipons.

9H45 - Equipés d'un tri bouteille dorsale et d'un mono ventral, nous nous enfonçons dans le siphon. Nous allons de relais en relais. Tout se passe bien: notre entraînement au palmage et à la plongée profonde porte ses fruits. A -68m, le siphon devient boueux ; à - 40 m, échangeons notre dernier relais, et reprenons notre progression, en prenant garde de ne pas soulever trop de boue. Nous parcourons 750 m en 35', et atteignons notre premier palier, -12.

Nous attendons tranquillement que nos décompressimètres électroniques "ALADIN" de BEUCHAT, nous donne l'indica tion du palier suivant ; après 1H 01', nous crevons la surface. Nous déposons nos quatre bouteilles et franchissons la cascade haute de 1 m80 environ Son débit à l'étiage approche les 200l / seconde ; sa température est de 18°C, mais peut varier de 14°C à 22°C. Il s'agit d'une eau thermale saumâtre et faiblement radioactive . Au départ du S3, nous cherchons la place pour déposer notre matériel. Nous y déposerons un tri-bouteilles équipé d'un biberon oxygène. Je récupère sur mes blocs le tube contenant la nourriture, les éclairages, la pharmacie, l'outillage, les sacs chauf­fants, et constatons qu'il n'a pu conserver son étanchéité. Je trouve mon flash d'appoint complètement inondé. Nous déballons les bougies et les cyalumes. Le briquet refuse de s'allumer; j'utilise l'oxygène et parvient sans difficulté à obtenir une belle flamme.

A l'arrêt du détendeur d'oxygène la flamme redevient très petite. Avec difficulté, j'allume une bougie qui ne se consumera que très peu, durant nos huit heures passées poste siphon. Sa flamme poussive nous indique le manque réel d'oxygène de cette cavité.

Nous inhalons 15' d'oxygène médical chacun, permettant une meilleure désaturation d'azote Nous faisons quelques photos, et nous nous alimentons de produits très énergétiques sélectionnés et fabriqués par VITAGERMINE SPORT. Deux heures plus tard, nous décidons de la suite des opérations : Didier, le plus en forme , sera l'explorateur du S3. Je l'aide à s'équiper ; il endosse son tri bouteilles et se met à l'eau. J'attache le fil d'ariane et fais quelques photos de ce moment privilégié . Didier part au centre du puits large de 7m de diamètre et se laisse couler. A -11, il cherche un passage entre les gros blocs qui masquent la galerie qui fait suite ; trouvant une issue, il s'y engage et découvre sa galerie. Celle-ci s'en­ fonce progressivement jusqu'à -24, et remonte à nouveau. Arrivé à la base d'un grand puits, Didier remonte espérant retrouver la galerie sèche. A - 6, il est abusé par une nappe d'eau douce piégée, qui lui donne l'impression de voir la surface de l'eau. Sur le haut du puits, la galerie redescend à nouveau. Didier reprend la progression. A -11, frappé par une migraine soudaine, Didier décide de s'arrêter . I1 coupe son fil d'Ariane , et l'attache au rocher. Distance franchie : 200 m L'orientation générale du siphon est sud-ouest et plus l'on progresse et plus celui- ci devient boueux.

Pendant ce temps, dans la salle, je ne reste pas inactif. Je franchis en escalade le premier ressaut qui me donne accès à un beau départ de gale­ rie s'arrêtant sur un puits ascendant. Poursuivre l'escalade est plus que tentant, mais une chute en cet endroit est particulièrement déconseillée. Prudemment je décide le retour, arrivant sur le bord, du vide qui surplombe le S3, je vois arriver Didier,qui m'éclaire de son 35 W la totalité du puits. Je m'arrête, et contemple ce superbe spectacle Didier à - 3 fait un palier à l'oxygène. Je descend de mon perchoir et l'aide à sortir. Il m'explique son exploration et me fait part de sa migraine Son origine me paraît évidente le manque d'oxygène de la salle en est probablement responsable. D'ailleurs, je souffre également d'une petite migraine que l'absorption de médicament ne parvient pas à éliminer.

Nous nous reposons, et à 19H20 préparons notre retour.

A 20 H, équipés, nous replongeons le S2, à - 40 nous retrouvons le relais que nous emportons, et c'est avec cinq bouteilles que nous rentrons. La traversée du laminoir à - 68 se passe bien, la narcose anesthésie le corps, et supprime toutes souffrances, notre cerveau suralimenté en 02 nous donne un contrôle étonnant.A cette profondeur et avec nos charges,dans un passage étroit où nous nous accrochons aux rognons de chailles nous sommes bien. Je suis Didier qui me donne l'échelle exacte du lieu . Je prends plaisir à le regarder évoluer dans les miroirs du plafond, qui ne sont autres que les autres que les bulles d'air piégées dans les surcreusements de la voûte A - 38 nous échangeons 1 x 12L et repassons le puits - 63, et regagnons le relais .

A - 30, où nous abandonnons nos deux 12L, nous rentrons paisiblement sur le 10L. Nous faisons nos paliers intermédiaires, et le palier de 9 m se fait en progression, 100 m de galerie que nous parcourons au ralenti. Enfin le dernier puits de -24 que nous franchissons . De retour au palier, nous utilisons l'oxygène médicale, en respectant le temps des paliers à l'air. Le temps du parcours allé est identique au retour, 96 min paliers compris. Nous replongeons le Sl, et regagnons la sortie, où nous attendent de nombreux amis.

Pierre filme notre retour et enregistre Didier qui raconte son exploration.

Il est 21H50, et nous sortons fêter l'événement.

REMERCIEMENTS A

SUB MARINE - BEUCHAT VARTA- LIQUEFACTION DE L'AIR

KODAK PATHE - VITAGERMINE SPORT - LICAS & SOCIETE GENERALE

Tous nos remerciements aussi a JACQUES-NINOU-STEPHAN-NINO et à tous ceux qui d'une manière ou d'une autre ont participé à la réalisation de de notre projet et ont contri­ bué à son succès, et N.B.S pour les éditions gratuites de nos dossiers "MESCLA 87 « .

 

 


Jean-Claude Tardy et Didier Sessegolo au départ du S2 - archives JC. Tardy

 

 

 

 


Dans le S2, par JC. tardy

 

 

 

 


S2 par JC. Tardy

 

 

 

 

 

S2 par JC. Tardy