L'effondrement de Tuim

Cratère gigantesque provoqué par l'effondrement du sommet de la collinel


Plongée souterraine en Siberie
Text and photo by Andrey Bizjukin.



Vue sur le gigantesque effondrement (120m)

 

Il ne faut que 4 heures de vol, à partir Moscou, pour atteindre Abakan, la capitale de la région de Khakassia. Des températures positives, un ciel bleu nous donne une autre idée de la dureté du climat sibérien. Aux contreforts de Kuznetsk Alatau - une vallée pittoresque de la rivière Sya et de Tuim, ville de mineur on retrouve l'équipe des plongeurs spéléo de Novokuznetsk.

Près des arêtes de cette belle montagne, recouverte de foret, on y trouve des grottes mythiques avec des monuments préhistoriques intacts. Les premières traces d'Homo sapiens sont apparues ici il y a environ 34 000 ans. Le camp de base de l'équipe se trouve dans le vieux village, appelée « Petite Sya ». C'est l'endroit préféré des shamans modernes, et des passionnés des temps de l'âge de pierre.

On y a découvert des axes en pierre, des os de mammouths tués par nos ancêtres et l'instrument de musique le plus vieux du Monde la « pyrite » (une flûte). Des lacs salés aux propriétés médicales étonnantes, rassemblent des personnes en attente d'un miracle. L'eau minérale curative est si saturée en sel que l'on pourrait lire facilement un journal sur la surface. Elle étais déjà présente, 3 000 ans avant notre ère, ce lieu fait parti d'un des observatoire les plus vieux du Monde - Shira «Stonehenge avec des dolmens». Les fouilles archéologique sont légions dans sur cette montagne.

Mais notre objectif est un énorme éffondrement au sommet de la montagne près de la ville de Tuim. Le camp de Tuim, décrit dans le livre « L'archipel des Goulags » d'A. Solzhenitsyn, est un camp correctionnel pour les ennemis soviétiques du gouvernement. Les prisonniers travaillaient dans la mine de cuivre. Dans les années de Staline, toutes les pentes de la montagne de cuivre ont été "littéralement" couvertes par des prisonniers des camps de concentration de l'autorité soviétique. Ici ont travaillés jusqu'à 2 300 exilés simultanément. Les prisonniers ont créés beaucoup de mines étroites et larges dans la pierre pour se trouver au plus près des gisements de cuivre.

Les rescapés, de ce camp, ont dit tard, qu'ils sont entrés parfois dans des grottes naturelles. Le vide du à l'extraction, a créé d'immenses galeries souterraines. Part la suite, craignant un effondrement, une partie supérieure de la montagne a « fait sa révérence » grâce à d'énormes charges placées avec attention, créant ainsi un éffondrement majestueux avec des murs rocheux verticaux d'une hauteur de 140 mètres . Par la suite, un lac aux eaux turquoise se créa, devenant un site très prisé par les plongeurs spéléo.

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Le responsable plongée du projet est Oleg Grigorjev, c'est un plongeur spéléo et instructeur expérimenté, il vient de la ville de Novokuznetsk. « Je n'étais encore qu'un écolier, lorsque j'ai exploré ma première grotte.» - dit Oleg,-« j'ai été attiré par l'obscurité et par les puits verticaux. J'ai voulu explorer de grandes salles, des labyrinthes et je me suis laissé fasciner par la magie mystérieuse du monde souterrain. J'ai commencé comme spéléologue, je faisais parti d'une équipe de soutien, nous portions tout le matériel jusqu'au siphon. Mais mon désire de franchir ces siphons était si fort, que j'ai commencé mes études dans la plongée sous-marine.
En 1983, à l'âge de 17 ans, j'ai plongé mon premier siphon dans une grotte nommée « la Boîte de Pandore». Bien plus tard, en tant qu'instructeur, j'ai parcouru le monde pour plonger, afin de rencontrer le plus grand nombre de plongeurs. Je me suis rendu comptes que les plongeurs spéléo ne sont pas ordinaires, ceux sont les plongeurs les plus talentueux que j'ai rencontrés dans ma vie ».

Oleg et son équipe visitent le site de Tuim, non pas pour la première fois, ils ont plongé ici plusieurs fois déjà. Au début, ils ont utilisé des cordes et la technique spéléo pour descendre du sommet de la montagne au lac. C'est une voie très dangereuse et risquée à cause des chutes de pierres. Plus tard, ils ont trouvé une voie plus sure, une galerie souterraine dans un versant de la montagne donnant accès au lac.

Armé de lampes du mineur, nous traversons avec nos blocs sur le dos une galerie de la mine, malgré des températures positives toute la galerie est recouvert de glace. Ayant évité tous les dangers du à la glace, nous arrivons sure la surface du lac gelée. Toute la montagne nous entoure, les falaises se dressent telles des cathédrales, les traces de chutes de pierre récentes nous rappellent de ne pas trop s'approcher des murs rocheux.

Notre expédition fait partie d'une continuité d'exploration du site. Il y a beaucoup de galerie sous le lac, la plupart des entrées sont étroites. On y trouve des voies de chemin de fer, des chariots, des câbles, des rondins de bois, etc. Le fond du lac à une profondeur de 40 m , il est rempli par d'énormes blocs rocheux. D'après certain avis, il y aurai une grande entrée au fond du lac. Le soleil ne pénètre que très rarement dans ce fontis, la température de l'eau n'excède pas 2 ou 3 degrés. La saison influe sur la visibilité, la meilleure période est fin mars, on peut avoir un peu plus de 10 à 15 mètre de visibilité.

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 Voici le programme de nos réjouissances :

1/ Une partie de l'équipe fera deux trous dans la glace (l'épaisseur de cette dernière atteint les 90cm). Un trou sera fait là où la profondeur du lac est moindre : 18 m et l'autre sera au dessus de la partie la plus profonde, où (comme nous le pensons) se trouve l'entrée probable d'une grande galerie. Un fil d'Ariane de 150m sera tiré entre les deux trous, c'est à dire de 18 à 40 mètres .

2/ Les plongeurs fixeront une cloche de décompression. L'an passé, les câbles de six tonnes n'avaient pas supporté les conditions extrêmes climatiques. Pour cette exploration, toute l'architecture de la cloche à été changée, et l'équipe s'est parfaitement préparée à une nouvelle utilisation.

3/ Une fois, ces deux points clés réussis, Oleg Grigorjev tentera d'atteindre la plus grande profondeur possible afin de trouver de nouvelles galeries.

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« La plongée est d'abord un plaisir, une aspiration à la perfection spirituelle et physiologique. Tout est présent sur ce site d'énormes volumes noyés, de la profondeur et une eau claire sous la glace. Même la torche la plus puissante n'atteint pas les parois des murs et du ciel de carrière. L'histoire de ce site ne me laisse pas indifférent, des pensées sombres m'envahissent. A cause du froid, je craint les disfonctionnements du matériel : givre du détendeur, problèmes avec les direct system, fermé mon bloc le temps que le 1 er étage dégivre, etc. Mais j'aime explorer ce lieu, il faut parfois surmonter ces appréhensions. Une bonne santé et une excellente condition physique sont nécessaires pour plonger ici.»- nous explique Oleg.
« Les européens sont différents des sibériens, ils s'ont moins préparés, le tempérament sibériens veut que tout soit fait rapidement et rationnellement, il n'y a pas d'autre choix pour survivre. Les grottes sibériennes ont des siphons étroits et boueux avec une eau froide stagnante qui devient trouble très rapidement, le retour s'effectue avec une visibilité nulle ce qui donne aux plongeurs sibériens, des qualités telle qu'une patience phénoménale et une résolution à toute épreuve. Pour devenir un bon plongeur spéléo, il est nécessaire d'être intelligent, prudent et au moins riche. Ce sont les conditions essentiels pour atteindre le rang supérieur du plongeur souterrain ».

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Une longue plongée (+1h30) sous la glace est dangereuse pour la vie d'un homme. Les risques dans ce type de plongée sont les tremblements, puis des douleurs dans les mains et pieds, des hallucinations et la perte de conscience. La procédure de plongée a été faite de manières à éviter tous les risques possibles.

La formation des plongeurs spéléologues profonds, inclus une immersion dans la zone entre 55 et 60 m à l'air pendant deux à trois jours traditionnellement afin de vérifier leurs compétences, d'ajuster leur équipement et leur aisance pour que tous soient en ordre le jour J. Pour cette plongée profonde, un mélange sera fabriqué à base de l'hélium avec MOD pour une profondeur de 90 mètres : Oxygène 16%, Hélium 34% et Azote 50%, un mélange intermédiaire 28/50 EAN sera présent pour la décompression ainsi qu'un bloc de oxygène pur dans la zone des 5 mètres . Par peur du givre des détendeurs, la règle du 1/5sera prise pour cette plongée, d'habitude, le retour s'effectue à un tiers des bouteilles. Des blocs seront laissés sur le chemin du retour pour sécuriser la plongée.

Nous commençons notre immersion sous la glace. Oleg nous rejoint et commence sa descente, tout en tenant une corde, nous apercevons le fontis. Un arc énorme, d'une vingtaine de mètre de hauteur et d'une largeur de trente mètre apparaît devant nous à une profondeur de 22 mètres . C'est une entrée majestueuse, vers la galerie noyée ainsi que le point le plus bas du site. Un très gros bloc plat se trouve et s'incline vers l'entrée de la grotte. Le fil d'Ariane de la dernière plongée est là, pendant un moment nous nous retournons et nous apercevons la lumière du jour devenue d'un sombre vert du à l'eau. Nous avons les amis, l'air frais, le soleil chaud derrière une épaisse couche de glace.

L'explorateur de l'ombre, descend le tombant abyssale, attiré par le noir. Déclinaison de la pente (45-50 degrés) oblige Oleg à lâcher le fil de temps à autre. Il essaye de maintenir la direction en évitant les gros blocs. Les volumes de la galerie sont impressionnants. La torche éclaire comme elle peut mais l'obscurité nous entour, le mur apparaît de temps à autre. L'eau devient noire. Le fil d'Ariane parait être approvisionner directement par le noir. Nous sommes attirés par des ténèbres dévorantes. La descente dure depuis 13 min lorsque nous arrivons sur un fond horizontale dans la zone des 70m. Le sol se décline en pente douce. Arrivé dans la zone des 80 m , nous trouvons un sol jonché de graviers et de rocailles.
Aucun plafond, ni aucun mur ne sont visibles ; nous pouvons nous balader dans n'importe qu'elle direction. Oleg fait son choix et commence à dérouler la ligne de vie blanche et si mince. Les craintes de problèmes possibles avec l'équipement ont commencée à se faire rappeler d'eux par des chuchotements sinistres et importuns. Je commence à penser à notre décompression, se sera une longue période dans l'eau froide. Mais il est nécessaire d'avancer afin de topographier un maximum de galerie. Et voici le plus difficile, nous allons devoir faire demi-tour afin de commencer notre déco.

Seulement trois minute à la profondeur de la grotte. Une nouvelle exploration se réalise. « C'est fait ! » nous dit Oleg. Il fixe la ligne au bout d'une pierre épineuse. Nous voilà sur le retour, vers la lumière, l'espoir et les sourires. A 40 m de fond, nous prenons la direction de la cloche de déco, où nous attende un habitat chaud, des blocs d'oxy. Grâce à ce confort relatif, nous pourrons rester autant de temps qu'il faut pour notre déco.

Suite à la résistance au froid, après une immersion profonde, survient une grande fatigue, Oleg se souvient d'un plongeur spéléo russe : Ivan, qui s'étais endormi dans un siphon à 45 mètres de profondeur. La fatigue et la narcose ont « débranché son cerveau », mais à cause de l'inertie de ses derniers mouvements, son casque alla taper contre la roche et le réveilla. Ivan a vraiment eu de la chance, sa longe était accrochée au fil. Par la suite ses amis lui ont demandé ce qui s'était passé, il leur a répondu « je me souviens juste d'un impact contre la roche qui me réveille. Où je suis ? Dans le siphon ?!!! En avant !!! Allez !!! ».

Dans le cloche de décompression, Oleg pense à ses idoles : Olivier Isler et Jocben Hasenmayer, deux célèbres plongeurs spéléo. Ces héros ont bravés bien des terminus et ont survécu grâce à leur confiance en eux, et un excellent travail d'eux-mêmes et de leur équipe d'appui. « Ma réussite est dans mon équipe qui m'assiste. Je n'aurai jamais pu réalisé cette plongé sans l'aide et l'appui d'Alexey Bazarov, Gleb Sitnikov et Vladimir Komarisov. »

« Beaucoup de personnes pensent que nous sommes fous. Pourquoi plonger dans une eau aussi froide ? Pour nous c'est une plongée très technique : le froid et la profondeur sont d'excellents formateurs. Notre désire d'exploration est fort, et nous trouvons ce site intéressant même s'il faut descendre encore plus profond. De plus, voici un lieu idéal pour l'essai des équipements en conditions extrême. Mon rêve serai de trouver un équipement subaquatique parfait, sans soucis, de manière à ce que je n'aie pas à douter. » explique Alexey Bazarov.

«Dans l'ensemble, l'éffondrement de Tuim nous donnes un sentiment de démesure entre l'homme et la nature. Nous sommes attirés par l'incertitude des premières explorations. C'est un long chemin vers perfection et une aventure subaquatique incroyable. Ici, la voix de l'abîme, nous offre une sensation de plénitude inoubliable. L'histoire d'une cavité noyée n'est peut être qu'une légende mais nous sommes tous confiant en nos rêves et nous nous amusons, dans l'espoir, de la retrouver. » nous éclaire Gleb Sitnikov.

Après cette plongée, Oleg Grigorjev nous donne son avis : « Si dans un avenir proche, il y a une pause technologique, une augmentation de la pression des blocs à 1000atm, ou soudainement les recycleurs font leur apparitions dans les eaux froides, ce site restera une référence dans les tests des nouveaux équipements. Ces derniers ne doivent pas être cantonné uniquement à la Mer Rouge. Les plongeurs spéléo choisiront les équipements les plus fiables pour tout types de plongées. ». Oleg est comme même confiant dans le fait que cette exploration ouvrira la voix pour que des plongeurs puissent trouver de nouveaux sites en Russie.

«Je suis un patriote et je crois, que l'avenir de la plongée russe viendra par la Sibérie.  »

C'est avec ces mots qu'Oleg Grigorjev fini l'histoire de l'éffondrement de Tuim.