BARRENC DE LA MOUSQUE D’AZE

 

Paziols - Aude

IGN 1/25 000 2447 EST TUCHAN
GPS : N 42° 51' 30'' E 002° 44' 36''
Lambert III : x= 633,261 km y= 3062,162 km Z= 147 m

Situation
Coupe Plan
Historique Celadon
 

 

Développement: 945m sans intégrer les amorces de conduits visitées dans la cavité, avec lesquelles on doit approcher le kilomètre.

Dénivellation: (-49; +25) 74m sans compter le départ ascendant entre S.4 et S.5.

Situation

De Paziols, il faut s’engager sur les piste qui serpentant entre les vignes pour progresser vers l’est en direction des premiers reliefs. Après un gué sur le Tarrassac, la piste remonte vers les hauteurs. Guetter un départ de piste sur la droite qui descend vers un mas en ruine où l’on peut garer les véhicules.

Une sente rejoint alors un escarpement à l’ouest, le longe un temps avant de descendre brusquement dans le fond d’un talweg.

Historique

La cavité est certainement connue depuis plusieurs siècles. La sente qui serpente depuis les mas alentours menait certainement les autochtones jusqu'à la reculée du barrenc, où l'eau, denrée rare et précieuse, demeure disponible même en période de sécheresse.

Le barrenc de la Mousque d'aze figure pour la première fois dans les publications spéléologiques en 1963. Henri SALVAYRE effectuait une première reconnaissance en apnée dans le siphon alors impénétrable. Le Groupe d'Etudes et de Recherches Spéléologiques, qui fut créé en 1964 par H.SALVAYRE au collège scientifique de l'université de Perpignan allait pérenniser les recherches sur ce secteur.
Il fut à l'origine de la première plongée le 02/05/1971, durant laquelle Jean-Pierre CHARPENTIER et Jean-Louis VERNETTE du Groupe d'Etudes et de Plongée Souterraine de Marseille s'immisçaient dans l'étroit pertuis d'entrée pour atteindre la profondeur de -10m.

En 1972, après une désobstruction et un dynamitage dans la vasque, Henri SALVAYRE plongeait à nouveau le siphon.
Ce n'est que huit années plus tard, sur les indications de Henri SALVAYRE, que Denis MOULIN (Club Alpin Français de Perpignan) s'intéresse au barrenc

en 1980. Après des travaux de stabilisation dans l'éboulis d'entrée, il franchit en plusieurs plongées solitaires le S.1 et avance jusqu'à la vasque du S.2.
Les plongées s'échelonnent jusqu'en 1986, alors que Yvon SPRINGER et José SALCEDO ont rejoint D.MOULIN afin de constituer une équipe, la poursuite des explorations dépassant alors la capacité d'un seul individu.
Ils progressent ainsi jusqu'au cinquième siphon, reconnu par Roland GILLET (B.) en 1986 jusqu'à -40.
La cavité n'offre plus alors de possibilités évidentes de continuation, et les incursions dans le dernier siphon requièrent des séjours prolongés rendus ardus par le profil accidenté des conduits exondés.

Le 08/08/1993, une plongée de rééquipement et de reconnaissance en vue de plonger ultérieurement le siphon terminal conduit Christian DEIT, Bruno NARANJO et Frank VASSEUR jusqu'à la sortie du S.4. Lors du retour, ils découvrent dans le troisième siphon l'amorce d'une galerie plongeant vers des profondeurs insondées, d'où provient un courant d'eau conséquent pour la cavité.
Cette galerie, plus aisée d'accès, sera l'objectif de deux plongées de pointes en 1994 qui conduiront Christian DEIT, avec le soutien de Jacques BOUSQUET, Michel FONT et Frank VASSEUR, à la profondeur de -48. Au-delà le puits se perd dans l'obscurité.
En 1995, Gilles LORENTE et Frank VASSEUR s'attellent à la topographie de la cavité. L'intégralité de cette tâche sera réalisée en trois sorties. Ils effectuent également une plongée de pointe dans le cinquième siphon qui s'avère colmaté à la profondeur de -41m.

Description

Au fond du cirque aux parois escarpées, un talweg chaotique encombré de blocs moussus dévale vers le Tarrassac, petit ruisseau affluent du Verdouble.

En remontant son cours, occasionnellement actif, on accède aisément à la base de la falaise où bée la gueule noire du barrenc.

Depuis l'orifice, un éboulis de rocs massifs glisse durant 10m jusqu'à la modeste vasque du S.1 (260m;-19).

Ce siphon débute au sein de blocs parfois mal stabilisés, par une étroiture verticale ponctuelle. Les crues peuvent modifier la configuration de la vasque, dont il faut impérativement vérifier la stabilité avant toute plongée. Le conduit s'élargit ensuite en une jolie fracture encombrée de blocs, qui descend graduellement jusqu'à recouper une galerie.

On est alors au point bas de -19. Quelques amorces de boyaux dans le sol attestent du sous-écoulement qui rejoint, plus en aval, le Verdouble.

Ici débute la superbe galerie de section circulaire (3x3m), creusée dans un calcaire sombre, qui remonte rapidement à -16. La progression est accidentée de trois points hauts (-10) avant d'entamer la lente remontée terminale.

Le paysage y est varié, les parois finement taraudées par l'action érosive de l'eau sous pression. C'est un véritable plaisir que de le parcourir, même chargé comme un baudet lorsque l'objectif est de plonger les siphons terminaux !

Un vaste plan d'eau permet d'émerger sans difficultés dans une salle, sur laquelle se greffe une arrivée d'eau temporaire, par une coulée concrétionnée en rive gauche.

Une cascade berce de son clapotis l'avancée de 15m, à consentir pour atteindre le second siphon. Son accès est défendu par une marche de 1 mètre à monter.

C'est là aussi une jolie vasque qui annonce le S.2 (70m;-17). Un bref tronçon de galerie mène à un puits, esthétiquement exceptionnel, dont le fond est à -17. La galerie se prolonge à cette profondeur avant d'atteindre un volume noyé dans lequel la remontée est presque verticale. Ce siphon est caractéristique, de par son profil en "U", du siphon inverse théorique des spéléologues.

Le plan d'eau de sortie est plus sobre. Dans une fracture large de 2m et encombrée de blocs recouverts d'argile, il faut émerger puis prendre pied sur le chaos. Une énorme dalle est fichée là, accolée à la paroi. Une échancrure y autorise l'ascension glissante, au prix de laquelle le troisième siphon, précédé d'une jolie marmite d'érosion, est accessible. Il aura fallu parcourir 15m et remonter de 3 entre les deux vasques, pour l'atteindre.

La mise à l'eau est malaisée car le conduit plonge immédiatement, dés l'amorce du plan d'eau qui se déverse bruyamment entre les rochers.

A -7m sous la surface, on découvre un important vide noyé dont la base (-15) est constituée d'un amas de rocs.

En longeant la paroi, on atteint le chaos sous lequel il est possible de s'engager dans une étroite galerie. Les parois sont polies mais hérissées par endroits de lames acérées dans lesquelles on s'accroche. Ce conduit se prolonge en une fracture verticale affectée d'un rétrécissement sévère à -30m. Il doit être franchi en décapelé ou "à l'anglaise" du fait de son exiguïté. Au-delà, le puits se prolonge jusqu'à -48m où un palier ponctuel domine une nouvelle verticale, vue jusqu'à -52m.

L' exploration de cette partie de la cavité, longue de 40m, est actuellement en cours.

Plusieurs observations nous autorisent à affirmer que la totalité du courant qui parcourt ensuite le barrenc provient de cette galerie profonde, le reste de la cavité en amont n'étant que plans d'eau stagnants amorcés uniquement durant les crues.

Revenus à -7, au sommet du volume noyé, on s'engage dans la voie du franchissement du siphon en suivant la rive droite. Après avoir survolé le chaos sous lequel s'engage la galerie profonde, le S.3 (62m;-15) remonte brusquement jusqu'à la base d'une cheminée prolongée en hauteur au-delà de la surface.

En demeurant sous l'eau, on émerge après une ascension rapide dans une grande salle désertée par les eaux. Elle fut baptisée "salle du silence" par les explorateurs, en raison du contraste auditif avec les deux inter-siphons précédant, où l'eau caracolant sur la roche crée un bruit de fond permanent.

Immédiatement, une dalle géante oppose à la progression une escalade de 3m, relativement aisée si l'on exploite les aspérités de la rive gauche.

De blocs en dalles instables, un nouveau ressaut est escaladé pour, après une courte progression horizontale, rejoindre un plan d'eau via une désescalade escarpée.

Le trajet depuis le S.3 représente 34m.

Le S.4 (106m;-11) débute par deux voûtes mouillantes consécutives entrecoupées de cloches d'air sans prolongements. Il plonge ensuite à -11, marque un point bas ponctuel, puis remonte à l'air libre dans une grande poche d'air. Ici, un seuil rocheux contraint à une gymnastique physique pour enjamber l'obstacle. Si le niveau est bas, le franchissement de cet obstacle peut s'avérer problématique surtout lors du retour. Le passage noyé qui suit peut désiphonner en étiage prononcé.

A l'extrémité de la vasque de sortie, une remontée de 5m est équipée d'une corde. Son gravissement est ardu du fait de la raideur croissante de la pente et délicat par le manque de prises d'appuis.

On prend ensuite pied dans une belle galerie (4x5m) dont le prolongement est en hauteur, par un puits de 12m à remonter sur corde. L'équipement en place n'est pas endommagé, mais l'arête sur laquelle est fixé l'amarrage principal est ténue. La remontée s'effectuera donc précautionneusement et en finesse.

Le conduit qui suit développe 235m. Son profil accidenté est présent durant toute la durée du parcours, avec des alternances d'escalades et de ressauts abrupts.

Une concrétion massive "la méduse" précède un boyau qui s'embranche en rive gauche. Ce diverticule d'une quarantaine de mètres remonte en un étage supérieur où des feuilles et des glands ont été trouvés. Il s'agit d'une partie de la cavité qui collecte les eaux de surface lors des précipitations, orientées ensuite vers le cinquième siphon par un surcreusement récent de la galerie principale.

Passé cet affluent temporaire, le barrenc aboutit à un puits vertical de 12m plongeant dans le S.5 (58m;-41).

Ici l'eau est trouble en permanence à proximité de la surface. Le changement radical d'orientation peut être attribué à la fracture dans laquelle on évolue à présent en aveugle.

La descente est sub-verticale jusqu'à -15m, puis elle s'accentue en une verticale dont le volume s'amplifie à partir d'un rétrécissement à -11m, avec une nette amélioration de la visibilité.

A -41, un volume plus conséquent (10x5m) demeure clair avant que les particules n'y chutent. Le sol est constitué d'un amas de rocs entre lesquels aucun espoir de continuation n'est permis.

Nous sommes ici à 865m de l'entrée du barrenc.

 

Recommandations

La cavité s’ouvre dans une propriété privée, au milieu de terrains de chasse qu’il convient de respecter durant l’ouverture de la chasse.

Selon les périodes de l'année, il se peut que les galeries éxondées, notamment entre le S.3 et le S.4 soient légèrement gazées. Nous fondons cette hypothèse sur les gènes respiratoires ressenties parfois lors du franchissement des difficultés à cet endroit