TROU MADAME


ou la Rivière Souterraine de Geneviere

 

SITUATION
Département du LOT - Commune de CENEVIERE Coordonnée : x : 553.62 y : 239,14 z : 160

ACCES
De Ceneviere, prendre la route de LIMOGNE. Parcourir 2 km environ. Prendre alors sur la droite un chemin de terre et le suivre sur 150 m environ, jusqu'a une petite clairière ou 1'on doit abandonner la voiture. A 20 m, d gauche, se trouve un ruisseau qu'il faut remonter, jusqu'a une petite falaise ou s'ouvre la grotte (60m de parcours environ).


GEOLOGIE HYDROLOGIE
L'Emergence se trouve dans les calcaires grossiers du CRE-TACE recouvrant les calcaires PORTLANDIENS.
L'apparition a 1'air libre du cours s'est fait au contact, d'une faille et d'un joint de stratification., étant donné la nature du terrain (très vulnérable, aucune filtration), la pollution peut se propager très rapidement et s'étendre sur de grandes distances. Le risque de pollution des nappes captives profondes n'est pas a écarter.
Une circulation souterraine a été prouve par traceur entre CHARLAN et le TROU MADAME, soit une distance de 10 Km environ. La température de 1'eau est de 11° environ.

HISTORIQUE
- La grotte est connue de longue date et aurait fait l'objet d'un pompage.
- Le C.R.5.A. d'ANCOULEME, sous l'égide de la F.F.E.S.5.M. aurait levé une topographie sur 300m environ.
- Le réseau a été" trouvé équipé sur 200m par des plongeurs locaux dont l'identité ne nous est pas encore connue.

L'Expédition 1977
- Le 23-7-77 - J.P. COULOMY et C. TOULOUMDJIAN reconnaissent et equipent le S.1 (110 m) et le S.2. sur 160 m. Arret faute de fil d'Ariane.
- Le 24-7-77 - D. ANDRES et C. TOULOUMDJIAN franchissent le S.2. (265 m), le S.3. (10 m) et équipent le S.4. sur 270m. Arrêt faute de fil.
- Le 26-7-77 - D. ANDRES et G. BUGEL franchissent le S.4. (350 m), le S.5. (8 m), le S.6. (200 m), le S.7. (17 m) et équipent le S.8. sur 50 m. Arrêt faute de fil.
-Le 14-8-77 - Le niveau de 1'eau a baissé ce qui diminue quelque peu la longeur des siphons. D. ANDRES et C. TOULOUMDJ1AN explorent le S.8. sur une longueur totale de 462m. Arrêt faute de fil.

DESCRIPTION

Le porche (10 m x 10 m) s'ouvre au pied d'une petite falaise. A une dizaine de mètres, une ouverture en joint de stratification (largeur 3m, hauteur 1 m) donne sur une galerie basse (1 a 1,5 m de hauteur, 3 à 4 m de largeur) qui mène, après 20 m de parcours, a la rivière souterraine.
- Vers l'1aval le conduit aérien s'arrête sur un siphon reconnu sur une quarantaine de mètres (largeur 1 a 2 m, hauteur l,5m). Arrêt par manque de ficelle. De toute manière, la galerie va en se rétrécissant et de nombreux dépôts d'argile troublent la visibilité.
- En amont, après une voûte mouillante de 5 m, la galerie devient rapidement spacieuse (4 a 6 m de large). La rivière est assez profonde pour permettre une progression a la palme sur 40 m jusqu'au départ du premier siphon (S.I.).
Dans cette première partie de la cavité des ossements (de moutons ?) ont été découverts.

Le Siphon 1
II descend très rapidement a la profondeur de - 5 m.
La galerie est de forme elliptique, ou par moment rectangulaire, creuse au dépend des joints de stratification. La roche est généralement propre. Mais par moment nous rencontrons de petites dunes de sédiments argilo-sableux sur le plancher qui présente d'importantes formes de creusement. La roche, extrêmement travaillée, est découpée par de très nombreuses lames d1érosion dont certaines, très friables, peuvent être brisées a la main. Sur les bancs rocheux des parois, se trouvent parfois de larges dépôts de glaise, et on y distingue d'innombrables coups de gouge. De grandes marmites d'érosion, formant parfois coupoles, parcourant le plafond de la galerie. De larges plaques noirâtres d'oxyde de fer couvrent certaines parties du conduit diminuant de façon sensible la visibilité. Les dimensions sont à peu près constantes (largeur 4 a 6 m, hauteur 3 a 4 m) durant tout le parcours, long de 95 m la profondeur est identique (4 a 5 m).
Ce premier siphon donne sur un couloir exondé", long de 15 m environ, forme' par 1' effondrement du plafond. L'éboulis de gros blocs qui couvre le plancher recèle par endroit de gros dépôts argileux. En certains points, la hauteur d'eau est de 60 a 90 cm.

Le Siphon 2 et le siphon 3
Ils se développent suivant une structure identique et à la même profondeur. Le premier long de 265 m est assez sinueux et aboutit a une poche d'air de 5 m, d'ou part le S-3. Celui-ci long de 10 m (profondeur -2m), se retrécit, mais le plafond s'élève pour atteindre I1 air.
Cette nouvelle poche est longue de 30 m environ. A cet endroit, la morphologie est bien différente. La rivière serpente suivant une galerie de 2 m de large et de 3 a 5 m de haut. (La profondeur de 1'eau est de 1 a 2m).


Le siphon 4 et le siphon 5
Le couloir d'entrée eat presque circulaire (3 m de diamètre) et de gros blocs jonchent le sol. Nous rencontrons les mêmes formes d'érosion qu'à I1entree de la zone noyée. Mais les lames sont moins importantes. Apres 170 m de parcours, a - 3 m, le conduit descend a - 6m puis un peu plus loin a - 10 m ou il bute a la base d'une cheminée. Le sol a cet endroit est parfaitement lisse et on y distingue une belle diaclase. Une remontée verticale jusqu'a -2m permet de retrouver la galerie. De forme elliptique (largeur 4 m, hauteur 2 m) elle remonte progressivement sur 120 m. Une salle exondée met fin a ce parcours noyé de 350 m.
Apres une progression de 30 m environ, un nouveau siphon barre la rivière. Long de 8 m, profond de 2 m, il aboutit a une nouvelle salle.
Plus vaste que les précédentes, (7 a 8 m de haut, 8 a 10 m de large et 20 m de long environ) elle se termine sur un éboulis au-dessus duquel un départ de galerie fossile est aperçu. Le cours actif vient d'un petit méandre dont le plafond affleure 1'eau sur une dizaine de mètres, puis s'élève et au bout de 30 m plonge sur un nouveau passage noyé".

Le siphon 6 et le siphon 7
Le S.6. se situe dans une zone fracturée. C'est une succession de petites salles entrecoupées de couloirs se développant entre - 14 m et -8m avec un passage étroit près de l'entrée (1,5 m de diamètre). D'énormes blocs jonchent le sol, et certains talus sont composés de galets et de graviers. La roche noire de limonite donne un aspect assez sinistre. La fin de ce siphon prend la configuration d'un méandre de 2 a 3 m de large et de 6 a 7 m de hauteur pour se terminer après 200 m de parcours noyé sur une poche d'air.
Longue de 60 m, elle prend fin sur une nouvelle galerie noyée, en joint de stratification qui se développe sur 17 m pour une profondeur moyenne de - 4 m.
Un nouveau passage exonde, de forme elliptique, permet de découvrir la rivière qui coule de bassin en bassin. La largeur est importante 4 a 7 m. Mais, après 80 m de progression, un seuil rocheux oblige a sortir de 1'eau et a marcher plus ou moins courbe" (hauteur 1,5m.) jusqu'a une nouvelle vasque (longueur 10 m, largeur 5 m).

Le siphon 8
Il plonge immédiatement et a 50 m, le fond se trouve a - 13 m. Apres une trentaine de mètres, la galerie en joint de strate fait place a un méandre large de 2 m et haut de 3 a 4 m. Vers 2QO m, une remontée permet de faire un petit parcours entre - 2 et - 5 m (une trentaine de mètres environ). Une descente jusqu'à -14 m aboutit sur un très beau méandre surcreusé dont la couleur noire est zébrée par moment de veines blanchâtres. Les parties larges de ce conduit (1,5 a 2 m) se situent en plafond. Le plancher se trouve 4 a 6 m plus bas. La galerie, sur une centaine de mètres plonge légèrement jusqu'à
- 18 m puis vient buter sur une trémie de gros blocs ou le fil d'ariane est amarré après un parcours de 462 m. A travers le chaos, un passage étroit donne sur une continuation.

CONCLUSION
Le TROU MADAME était connu sur 420 m environ dont 300 m de siphon. A la suite de nos explorations il totalise près de 1.900 m de galeries dont 1.407 m sont noyées. La longueur de sa zone siphonante en fait 1'une des cavités des plus importantes d'Europe.
Son exploration nécessite de gros moyens matériels, techniques et physiques (voir la fiche technique).
Les plongées que nous avons réalisées s'orientaient vers le Sud et le Sud-Est jusqu'au siphon 5 puis vers 1'Est.
Nous essaierons, lors de nos prochaines investigations, de nous attacher beaucoup plus a l'étude géomorphologique et a la structure de ce réseau exceptionnel.